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Interview Roland & Sabrina Michaud : "Ce qui est important, c'est de donner un sens à sa vie"

Ils ont respectivement 87 et 81 ans, parcourent le monde ensemble depuis plus de 60 ans, ont inspiré toute une génération de voyageurs et n’ont rien perdu de leur esprit curieux et de leur soif d’échanges. Les vénérables Roland & Sabrina Michaud sont les invités d’honneur du No Mad Festival 2017 et on n’est pas peu fiers d’accueillir de tels humanistes au cœur de notre évènement.

Profitant du vernissage de notre exposition Iran & Asie Centrale à l’Espace des Calandres d’Éragny-sur-Oise samedi dernier, nous avons longuement conversé avec eux deux, le temps d’une interview fleuve à l’image de celui gelé du Pamir afghan de 1971, qui a rendu célèbre de par le monde leur œuvre photographique.

Une œuvre exceptionnelle, tant esthétique qu’authentique, marquée par sa singularité tant les Michaud ont été des témoins privilégiés de la vie des nomades kirghizes et de ces peuples reculés. Sabrina fut notamment la seule femme jamais connue à participer à ces longues caravanes d’hiver qui ont aujourd’hui disparu... C’est aussi grâce à eux que l’Afghanistan a jouit d’une couverture photographique encore jamais réalisée à l’époque, laquelle a éveillé tout un imaginaire merveilleux dans l’esprit des hommes aventuriers...

Photographiant toujours séparément mais signant depuis plus d’un demi-siècle toutes leurs photographies de leurs deux noms, s’aimant depuis toujours mais se chamaillant sans cesse affectueusement, ces deux-là sont des Êtres rares, empreints d’une humanité et d’une sagesse infinies, questionnant notre monde actuel si justement au regard de leur expérience de vie.

Entretien touché par la grâce avec Roland et Sabrina Michaud, véritables grands-parents spirituels de Babel...

Pouvez-vous nous expliquer ce qui vous a amené à devenir des spécialistes de l’Asie Centrale ?

Roland Michaud : "Nous avons commencé par l’Afrique, ça s’est bien passé puisque nous avons eu envie de continuer. Mais les choses se précisent quand on acquiert un peu d’expérience et rapidement, nous avons senti que nous étions attirés par les vieilles civilisations. Nous nous sommes donc mis à l’Asie et une fois que nous étions là, ça y est, on est tombé dans le panneau ! Ça va remplir une vie… Et nous n’aurons même pas vu toute l’Asie ! Mais c’est un choix qui s’est fait de façon naturelle en tout cas. Comme nous ne pouvons pas tout connaître, si demain nous partions au Pérou ou au Japon, nous ne serions que des touristes. Et la condition de touriste n’est pas la meilleure condition : c’est celui qui vient, qui ne sait rien, qui se fait avoir de 100 000 façons... Pour ne pas être un touriste, il faut rester longtemps."

Sabrina Michaud : "Nous préférons approfondir les sujets plutôt que de les survoler !"

Pour vous, c’est quoi alors être un voyageur ?

Roland : "La première qualité du voyageur, c’est une curiosité du diable, il faut qu’il comprenne, il veut voir de ses propres yeux... Ensuite, l’envie de partager. Il faut trouver un moyen : si on sait dessiner, ça peut être le dessin, sinon on peut essayer la photographie, la musique... Celui qui part avec son instrument, quel qu’il soit, est sur que les portes vont s’ouvrir et qu’il va faire des rencontres. Après c’est une histoire d’adaptation. Et quand on est curieux aussi, généralement on veut apprendre la langue et les gens sont tellement contents quand on baragouine quelques mots dans leur langue ! Et le progrès va très vite : on apprend 50 mots et puis on veut en connaître 250..."

Sabrina : "Par exemple, on a appris beaucoup de mots du vocabulaire caravanier car c’était important  de s’y référer constamment à travers les livres et à travers nos photos."

Quelles valeurs avez-vous tiré de vos voyages en tant qu’Homme ?

R : "Le problème, c’est que l’Homme, même s’il n’est pas très perfectible, pense qu’il peut s’améliorer. Le voyage, c’est la confrontation avec les Autres dans un milieu parfois un peu hostile, différent en tout cas. On se mesure à l’autre et c’est là que l’on voit si l’on est capable de modifier son point de vue."

S : Autrement dit ce qui est important, c’est la rencontre !

R : Ce qui nous intéresse finalement, c’est d’acquérir un meilleur art de vivre. Pour ça, il faut étudier les coutumes des autres et on se rend compte alors que certaines coutumes, certaines attitudes, certains gestes, peuvent être parfois plus intéressants que ce que nous avons dans notre propre culture. D’ailleurs, le regard vers une autre culture nous permet aussi de mieux apprécier la nôtre. Il y a des choses que nous n’aurions jamais réellement compris profondément si nous n’avions pas été confronté à autre chose. Généralement, on connaît très bien ses défauts et grâce au voyage, on apprend à changer plus facilement

S : C’est comme pour apprécier la beauté, il faut avoir connu la laideur. Il y a donc ce mouvement constant d’un extrême à un autre..."

On aimerait beaucoup entendre l’histoire de votre rencontre...

S : "Ça s’est passé dans une bibliothèque, c’est quand même significatif ! Moi j’y étais pour prendre de la doc pour une dissert et Roland y était pour écrire un article dans un journal. Il y avait un tourniquet avec des magazines près de moi, et je voyais quelqu’un qui tournait autour, qui ne regardait aucun magazine... mais qui me regardait moi ! Nous avons attendu tacitement la fermeture de cette bibliothèque, j’étais sure qu’il ne viendrait pas car il était d’une timidité incroyable ! La preuve : je sors, je prends directement le trottoir qui est en bas des escaliers et qu’est-ce que je vois ? Roland sort, traverse... et emprunte l’autre trottoir ! Je me suis dit : « Mais il est idiot cet homme ! » (rires)

R : Une opinion qui n’a pas changé ! (Roland regarde Sabrina complice et chamailleur, ndlr)

S : On arrive alors à deux grandes portes, où nos destins devaient donc se séparer, et là il ose venir me dire :   « Permettez-vous que je vous accompagne ? » JA-MAIS quelqu’un de mon âge ne m’avait parlé comme ça ! (Elle éclate de rire, moqueuse, ndlr)

R : Tu aurais préféré : « Tu viens bobonne ?! » (rires)

S : Alors j’ai dit oui parce que si je faisais la coquette, il allait tourner les talons !

R : Oui c’était ça, elle avait bien senti ça… À partir du moment où elle ne m’a pas envoyé sur les roses, je me suis senti réaffirmé et là, j’ai sorti la phrase magique : « Aimez-vous les voyages ? »

S : Et moi j’ai dit oui, sans savoir à quoi je m’attendais…

R : Oui, c’est parfois facile de répondre à certaines questions… Et alors là j’ai repris de plus belle : « Et où aimeriez-vous aller ? » Et là elle m’a répondu une chose étonnante : elle m’a répondu l’Inde ! C’était le mot magique... Et là, j’ai été gonflé pour un timide, j’ai répondu « Je vous emmènerai en Inde ». Et je l’ai emmenée en Inde sept ans après cette rencontre.

S : Et ce qu’il y a d’étonnant, c’est que quand je suis entrée en Inde, je me suis sentie chez moi. L’Inde, c’était mon pays, j’ai embrassé la terre indienne. Une vie antérieure surement… Il m’a même semblé rencontrer des gens que je connaissais, tout m’était familier…

R : Oui, c’est ton côté bizarre… ! Vous voyez, à partir de très peu, il y un eu un engagement de toute une vie…



Pouvez-vous à présent nous parler de la fameuse Caravane du Pamir afghan, votre série photographique la plus célèbre ?

R : "Avec notre âge, je peux maintenant expliquer en 12 miracles, pourquoi nous avons réussi à faire la caravane du Pamir, comme si nous avions été programmés pour faire ça...

S : Mais Roland, on est programmé pour toute notre vie ! Le destin de tous est programmé !

Vous êtes croyants ?

R : "Nous sommes très croyants car l’expérience de la vie nous a convertis. Ma croyance était très minime quand j’étais petit, elle a grandi avec la vie.

S : Oui, d’ailleurs en dehors de ta famille, comme moi en dehors de la mienne. Ça n’a rien eu à voir avec la famille, ça a été une croyance que nous avons acquis ensemble."

C’est un des miracles de votre couple alors... Et pour en revenir aux douze autres qui ont permis la réalisation de la caravane du Pamir ?

R : "Ca a été l’aventure la plus exceptionnelle que l’on ait vécu, sur les rivières gelées. Nous en avons fait un sujet en or mais c’était un sujet en or ! Cela n’aurait pas eu lieu si cela avait été ailleurs, il fallait que ça ait lieu en Afghanistan. Pourquoi ? Parce que le roi d’Afghanistan était un ancien élève de Janson-de-Sailly ou j’ai enseigné. Mais quand je suis arrivé à Janson, je ne savais pas que le roi d’Afghanistan était un ancien élève ! Je suis allé voir le proviseur, je lui ai demandé si je ne pouvais pas tirer partie de cette chose extraordinaire et là, il m’a fait une lettre. Cette lettre a été une lettre magique : « Un proviseur peut toujours s’adresser à un ancien élève, fut-il devenu roi de son pays. J’ai l’honneur de vous adresser un de nos élèves. C’est un esprit curieux, il veut connaître l’Afghanistan... ». À la suite de cela, sans rencontrer le roi, celui-ci a pondu une lettre pour tous les gouverneurs et sous-gouverneurs disant : « Vous allez recevoir la visite d’un jeune couple français. Ils conduisent leur propre voiture et veulent connaître l’Afghanistan. Montrez leur notre Afghanistan, nos coutumes… » Tout ça signé en persan. Mais pourquoi diable ais-je été nommé à Janson ? J’étais un petit prof de rien du tout, je n’avais pas de piston, pas d’agrégation…

Après, l’information : comment découvrir qu’il y avait des caravanes sur les rivières gelées ? Vous voyez cette photo (Roland montre du doigt un paysage de montagnes enneigées exposé aux Calandres, ndlr) ? Quand j’ai fait cette photo, je m’arrête en plein milieu avec un Kirghize qui m’aide à descendre de cheval pendant que la caravane elle, continue. Elle ne m’attend pas parce que je fais une photo ! Je m’étais arreté là parce que j’avais trouvé le lieu très bien pour montrer l’échelle : la minuscule caravane, les montagnes très hautes… Mais je vais mettre deux heures pour la rattraper alors que je me suis arreté une demi heure ! Et au moment où je recharge ma pellicule, il y a des gouttes d’eau qui tombent sur le rideau de mon appareil à l’intérieur et qui gèlent immédiatement parce qu’il fait très froid. Et je me dis, « Tes photos, elles sont foutues ! » Donc on fait tout le voyage, on supporte toutes les fatigues, mais est-ce qu’il y aura quelque chose à la clef ? Eh bien il y a eu les photos réussies. Et ça, c’est aussi un miracle !

Et donc l’information, je l’ai comment ? Eh bien c’est ma curiosité ! Je vois des chameaux. Je demande à mon guide : «  S’il y a des chameaux, il y a des caravanes ? » Il me répond que oui, il y a des caravanes. Avec mon guide et sa mule, on était sur des sentiers tellement étroits que ça en était dangereux et il n’y avait pas la place pour un chameau chargé de passer. Deux ou trois jours après, au sommet d’un col, il me dit : « Tu vois là la rivière ? En hiver, elle est gelée et c’est là que passent nos caravanes. » Il a fallu 3 ans pour que quelqu’un réponde à ma question de savoir où passaient les caravanes...

Et puis les miracles continuent : on rencontre à Kaboul le chef de la caravane, le chef des Kirghize. Le roi vient de nous donner son autorisation mais il regarde Sabrina et il dit : « Mais nous n’emmenons jamais nos femmes dans les caravanes ». Elle, elle prend peur. « Moi j’aimerais emmener la mienne » lui dis-je. On parle entre hommes et alors, il accepte. Et ça, c’est un miracle car ce n’est pas normal d’autant que nous, nous respectons les traditions. Et Sabrina, plus effrayée que jamais me dit : « S’ils n’emmènent pas leurs femmes, ça prouve que c’est très dur... » Et quand on sort de l’entrevue, elle me dit : « Non, je crois que je ne pars pas... » Alors je ne suis pas content, je lui dis « Tu ne peux pas faire ça ! On a la permission, tout, tout, tout… » et finalement, elle accepte. Et elle se rend compte après la 2eme étape que ça va être très dur mais qu’elle ne peut pas revenir en arrière, elle ne va pas rentrer toute seule, il faut qu’elle suive...

S : La caravane ne s’arrête pas, du matin jusqu’au soir. Alors que pour nous, ils ont réalisé qu’on n’avait pas l’habitude et ils ont décidé de nous arrêter à une yourte à l’heure du déjeuner. Je suis rentrée, j’ai éclaté en sanglots car c’était très difficile. Les femmes m’ont déchaussée, elles ont massé mes pieds, elles ont entouré chaque orteil de laine et sous mes chaussettes elles m’ont dit qu’il fallait garder ça tout le temps et c’est vrai que ça a beaucoup amélioré les choses. Et donc j’ai continué. À cheval… Nous ne sommes bon cavalier ni l’un ni l’autre ! C’était très, très pénible d’être à cheval et le chef kirghize qui nous disait « Allez à cheval, on n’a pas le temps ! ». Le pire c’est que Roland essayait de mettre son cheval à hauteur du mien pour me consoler un peu, il me disait : « Tu es ma princesse ouïghour ». Je l’envoyais balader ! (rires)  

R : Mais le côte féminin du voyage, c’était capital parce que la femme, c’est elle qui transmet la tradition. Par le biais des femmes, Sabrina en apprenait le plus sur ces sociétés et ça nous enrichissait davantage que moi simplement avec les hommes. Les femmes, elles se serrent les coudes même si elles ne parlent pas la même langue !

S : Un des exemples, ce sont les tapis de Boukhara. Le tapis de Boukhara, c’est un livre. Les femmes me disaient, nous on est là, ça se sont les clochettes de nos chapeaux, tout autour ce sont les murs où courent les chiens parce qu’elles sont très protégées, ici les jardins… C’est quelque chose de très étonnant car ça se lit comme un livre.

R : Alors que moi, je demandais le lendemain aux hommes de m’expliquer et ils rigolaient en disant : « C’est une affaire de femmes, c’est de la décoration ! ». C’était très utile, voyez-vous, d’être un couple. Je me suis demandé aussi pourquoi j’avais appris l’anglais, j’aurais pu apprendre une autre langue. Je me suis rendu compte que mon destin aurait été totalement différent si j’avais appris l’allemand par exemple. Parce que l’anglais c’est à la fois une ouverture facile, c’est la langue la plus répandue, la plus parlée et en même temps professionnellement, la bible des photographes, c’est le National Geographic américain. Si je n’avais pas connu l’anglais, je n’aurais jamais travaillé pour le Geographic car ils veulent un contact réel avec le photographe.

Cette caravane a été publiée amplement, elle a fait le tour du monde. On s’est rendu compte par la suite qu’elle devenait un document historique, symbolique, puisqu’elle n’existe plus. Nous sommes les derniers témoins, il n’y a que nous qui puissions dire voilà comment on attache les chameaux. Et ça, ça a rempli une vie puisque ce livre là, s’il sort, ne sortira que l’année prochaine. 42 ans après avoir fait le voyage ! C’est une aventure unique qui a meublé une vie entière…"

Quelle photo exposée ici vous tient le plus à cœur chacun ?

S : "C’est celle du bébé qui prend le sein, et la petite fille qui coud. Dehors, il y a de la neige, c’est froid et on rentre là, il y a ce rouge qui est somptueux et qui fait appel à mes yeux de photographe. Pour moi ce sont ces deux photos qui sont les plus importantes. Et aussi celle du feu au milieu parce que les caravaniers avaient le droit de rentrer dans la yourte des femmes, il fait trop froid pour qu’il y ait des séparations entre hommes et femmes. La première chose qu’ils faisaient, c’était leur tambouille, comme une fondue suisse. Ils avaient des boules de fromage de chèvre dures comme de la pierre qu’ils delayaient dans l’eau, ça devenait comme un lait assez épais et ils émiettaient du pain dedans. C’est ce qu’ils prenaient comme déjeuner. On était accueillis comme des gens familiers...

R : Je voulais ajouter quelque chose parmi les miracles qui est important : il se trouve que notre vision est identique. Parce que Sabrina, quand elle fait une photo comme ça, elle sait esthétiquement qu’il ne faut pas qu’il y ait de fond, des fleurs, un tapis, n’importe quoi. Et moi je fais la même chose avec les hommes. Ca fait partie des miracles… Ça a été d’emblée, on n’en avait jamais parlé. On était toujours séparé, elle chez les femmes, moi chez les hommes, on faisait nos photos chacun et en rentrant en France, puisqu’on ne pouvait pas voir le résultat sur place, on constatait que nous avions le même fond..."

Qu’est-ce que les années communes ont apporté de plus à ce miracle alors ?

S : "Les disputes ! (rires) C’est enrichissant aussi !

R : Tu dis disputes mais c’est engueulades même ! Nous ne sommes pas le couple tranquille où Sabrina boit toutes mes paroles… Non, non…

S : Si je n’avais pas été comme ça, il y a longtemps que je n’aurais pas existé !

R : Tu as eu raison d’exister pour le meilleur et pour le pire pour moi ! (rires)

Alors pour moi, la photo qui me tient le plus à coeur, ça serait cet homme là-bas qui sort de sa boutique avec son long chapan parce qu’il m’a évoqué tout de suite une peinture d’un musée en Turquie et c’est incroyable à cinq siècles d’écart… On te dit que le monde change mais tu peux retrouver un même faciès, un même portrait. Et il se trouve que cet homme, pendant toute la matinée où on est resté avec lui, à un moment donné il a été respirer une rose. C’est devenu une photo clef parce qu’il m’a fait réfléchir et je l’ai envisagé comme un maître qui m’a appris. Pour lui c’est un geste naturel qui venait de sa culture. Il est rentré dans ma vie et dans mes pensées tous les soirs dès lors..."

Qu’est ce que vous auriez envie de transmettre de ces civilisations qui vous parait essentiel mais que nous sommes en train de perdre ?

R : "Nous avons découvert que dans la tradition, c’est-à-dire ce qui est transmis de génération en génération, il y a des choses qui sont douteuses et qui sont remises en cause. Mais les choses les plus importantes comme respirer une fleur, ce sont des choses qui pour nous ont une grande valeur car elles nous ont beaucoup apporté. Nous avions sans doute ça aussi dans notre culture mais nous l’avons perdu justement parce qu’on a voulu changer pour faire soit disant, mieux, mieux, mieux… Nous, nous ne croyons pas à un progrès de l’Homme. Le progrès, il est très difficile à réaliser dans l’ordre moral, les vertus humaines, la gentillesse… Ce n’est pas facile à améliorer. Mais c’est ce qui nous a beaucoup touchés dans ces sociétés, dans ces autres cultures et nous avons essayé de le faire nôtre, d’en tirer des leçons, un meilleur art de vivre, une certaine sagesse. Parce que nous voyons les défauts de notre société et nous les comblons avec les qualités d’une autre société. Ce qui ne veut pas dire qu’il n’y a pas de défaut dans cette autre société mais ça, ça ne nous intéresse pas, on ne veut pas le voir, on va voir ce qu’il y a de meilleur…

S : On nous a beaucoup critiqués de ne voir que ce qui était beau… La beauté pour nous c’est tellement important que c’est équivalent à la vérité.

R : Ces dernières années, on a découvert un proverbe d’Europe Centrale, un proverbe yiddish qui dit : « La vieillesse c’est l’hiver pour les ignorants et le temps des moissons pour les sages » C’est exactement ce que nous essayons de vivre. Je ne dis pas que nous sommes devenus sages parce qu’on n’est jamais assez sage mais on essaie d’être guidé par ça. C’est pour ça qu’on s’est démarqué un peu de notre société mais c’est difficile d’être cohérent. C’est difficile de ne pas avoir ces ordinateurs, ces portables…

S : C’est très difficile d’avoir un art de vivre comme celui que nous avons, avec mesure…

R : Le vrai problème, c’est de donner un sens à sa vie, d’acquérir un art de vivre et de savoir que ce que l’on fait a un sens. Ca c’est très important et ce n’est pas du tout à la mode dans nos pays. On court, on court, on veut tout, on veut rien, on est dans la confusion, on ne veut pas parler des vrais problèmes… Nous ne pouvons pas nous empêcher de nous considérer comme des privilégiés d’avoir connu d’autres mondes qui nous ont enrichi..."


AGENDA :
Rendez-vous au No Mad Festival les 17 et 18 juin prochains pour y rencontrer Roland et Sabrina Michaud. Ils y donneront une conférence sur l’Iran et l’Asie Centrale aux côtés de Kares Le Roy, Jérémy Suyker et Philippe Bichon le samedi 17 à 16h30. La rencontre sera suivie d’une séance de dédicaces dans la librairie du voyage du No Mad Festival.


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