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Haïti Une journée à Croix-des-Bouquets avec la Fondation Haïtienne pour le Relèvement et le Développement

Un séjour en Haïti n’arrive pas par hasard. Il nait d’un intérêt pour la culture locale, la situation politique et sociale du pays ou encore de la curiosité face à une nature magnifique et si imprévisible. Suite au séisme de 2010, de nombreuses organisations internationales se sont mobilisées dans l’urgence pour la reconstruction du pays. J’ai pour ma part rencontré les acteurs de la Fondation Haïtienne pour le Relèvement et le Développement (FHRD), à Croix-des-Bouquets, ville se trouvant à environ une heure de Port-au-Prince. Investis depuis lors dans la reconstruction de villages pour reloger la population dans un esprit communautaire de vivre-ensemble. Ils souhaitent aujourd’hui développer des activités de tourisme responsable et créer une passerelle entre gens de passage et population locale.

Le périple des routes haïtiennes

On ne va pas se mentir, et mieux vaut être préparé : le chemin menant à Croix-des-Bouquets est semé d’embuches. Les blocus (embouteillages) de Port-au-Prince dépassés, c’est une route chaotique que vous allez rencontrer. L’aventure à l’haïtienne ou comment découvrir une des problématiques majeures du pays.

C’est donc sur une moto conduite par Rood, une personne de confiance recommandée par une amie que j’avance petit à petit dans cette épopée en quête de villages perdus. La petite moto peine un peu… j’avoue culpabiliser pour la deuxième ration de riz collé à la sauce pois dégusté à midi…. Ou peut-être les bananes pesées ? Les découvertes culinaires ne manquent pas.  

C’est donc un peu essoufflée que la moto se fraie un chemin entre « cuvettes », dos d’ânes, passants, voitures, « tap-taps » et autres deux-roues. Un grand respect aux conducteurs haïtiens dont la concentration et les réflexes aiguisés se forgent par obligation, à défaut de signalisation.

Arrivée à Croix-des-Bouquets, Rood insiste pour m’accompagner jusqu’au bout, le temps d’être sûr de me laisser entre de bonnes mains. Une gentillesse qui m’aura accompagnée tout au long des rencontres lors de mon séjour dans le pays.

C’est donc bien entourée que j’entre dans un havre de paix, ce village caché derrière un portail bleu, pointe de couleurs dans une région où le gris l’emporte bien souvent. Vous serez en effet surpris par le nombre de constructions non finies, avançant au rythme des économies ; le nombre de murs surplombés de barbelés ; le nombre de perles cachées. Car Haïti est un pays qui ne se dévoile pas, c’est en dépassant préjugés et barrières, au propre comme au figuré, que vous saurez l’apprécier.

De la reconstruction au vivre-ensemble

Dès mes premiers pas dans ce premier village de la FHRD, je suis accueillie par Amélie et la joie de vivre de jeunes bambins. Française en service volontaire, elle est venue s’installer en Haïti avec son mari et leurs trois enfants dans le but de redonner une dynamique à ce projet de relogement ayant vu le jour en situation d’urgence, suite au tremblement de terre de 2010.

Quatre villages ont ainsi été construits et gérés par la Fondation : Colombe, Montebelluna-Bassano, Colombie et Scalabrini. « L’importance aujourd’hui est de faire vivre tout ça, de créer de l’emploi, de former des haïtiens à la direction pour que cette initiative se stabilise de manière pérenne », m’explique-t-elle. Une belle entrée en matière face à mes inquiétudes quant aux projets venant de l’extérieur. « La fondation a été créée avec une dizaine d’haïtiens et le conseil d’administration est également composé de locaux » ajoute-t-elle.

Je comprends par ailleurs assez vite la place de la religion dans cette initiative initiée par un prêtre italien. Rien de surprenant dans un pays au nombre impressionnant d’églises.

Pourtant, loin d’être un espace de prosélytisme, l’ouverture dans les échanges et l’importance des actions réalisées me font comprendre que ces inquiétudes sont à mettre entre parenthèse, d’autant plus lorsque j’apprends que l’idée est aujourd’hui de lever des fonds auprès de structures privées et de développer une activité économique allant dans le sens de l’auto-suffisance.

Depuis 2016, des entreprises sociales et solidaires ont été créées pour générer des revenus à reverser dans des projets. Ses domaines d’intervention ? La construction, le mobilier et autres services de logistique et de transports, avec des compétences en maçonnerie, ferronnerie, électricité, plomberie et menuiserie.

Les équipes de menuiserie et de ferronnerie s’attèlent par exemple à la construction de mobilier scolaire pour les écoles environnantes. Un projet s’est également développé sur proposition d’Architecture Sans Frontières du Piémont en Italie : l’Ekokay ou maison en paille est un projet d’interaction avec les communautés haïtiennes locales dans le but d’introduire une nouvelle technique de construction qui utilise des blocs de paille de riz pour la fabrication des murs, une structure en bois et une toiture en tôle et ce, de façon à respecter les normes anticycloniques et parasismiques et d’avoir des constructions durables et environnementales. La FHRD a ainsi accueilli la maison témoin et il est prévu d’en construire de nouvelles au village Scalabrini.

Un projet d’aviculture a également vu le jour en 2013 avec l’élevage de pintades. Met bien apprécié dans certains coins du pays.

Bien que l’activité actuelle soit moindre, on me précise que ce sont jusqu’à 150 ouvriers qui ont été mobilisées durant certaines périodes.

Initialement, l’urgence était d’aider les gens à reconstruire leurs maisons au sein de leurs propres quartiers et lieux de vie en construisant de véritables communautés de vie autour des valeurs de solidarité, de démocratie et de partage pour un projet de relogement prenant sa force au-delà des murs. Isaac, le coordinateur des villages habitant lui-même dans celui nommé « Scalabrini », nous accorde ainsi une visite explicative des lieux.

Activités et découvertes avec les habitants

En pleine réflexion sur l’aspect touristique, les responsables de ces villages souhaitent proposer hébergements et activités aux personnes de passage. Cours de cuisine avec Sainteness ; visite des lieux et explication du projet avec Isaac, coordinateur des villages, cours de peinture et/ou de kompa avec Jeff... Laissez vous aller à la rencontre et aux découvertes. Discutez avec Marie-Solange, habitante et porte-parole du village Montebelluna-Bassano ; échangez à propos des plantes médicinales avec Hugues Bongarçon, habitant du village Colombie ; dégustez une Prestige, la bière locale, avec Isaac après une balade sous la chaleur haïtienne.

Ici c’est la convivialité et la spontanéité qui priment. Vous vous surprendrez à reprendre les pinceaux pour beaucoup délaissés après l’enfance. La main alerte de Jeff vous donnera surement envie de persévérer, notamment au travers de l’art naïf haïtien et de son apprentissage souvent autodidacte. C’est impressionnée que je tente de suivre pas à pas les mouvements de Jeff  pour illustrer au mieux l’atmosphère des marchés, une des scènes de vie quotidienne que nous avons choisi de peindre.       

Par ailleurs, les découvertes culinaires sont inévitables lorsqu’on voyage. Et gourmande que je suis... autant vous dire que je ne me fais pas prier ! Direction les cuisines pour retrouver Sainteness dont j’avais pu apprécier le matin même le délicieux mamba, le beurre de cacahuètes haïtien. C’est d’ailleurs avec un pot dans le sac que je repars en France ... pour un retour tout en douceur avec des petit-déjeuner à la saveur haïtienne. Entre sourires et démonstrations, je me mets donc à la tâche pour aider à la préparation du repas. Au programme : bananes pesées et pickliz, mélange de crudités à la sauce piquante.

La ville de Croix-des-Bouquets est également connu pour son village artistique des Noailles… le royaume du fer découpé regroupant de nombreux ateliers d’artisans. S’y balader c’est partir à la rencontre de ces hommes et femmes, outils à la main, c’est discuter avec eux et surtout admirer leur travail. Bien que certaines créations vous sembleront appartenir à un univers similaire, prenez plaisir à passer les portes de ces ateliers avec émerveillement et curiosité, et laissez-vous surprendre par de magnifiques découvertes.

De la décoration d’intérieur aux immenses sculptures et réelles œuvres d’art, en passant par des objets de tous les jours tels que des plats ou des bols…  vous y trouverez sans doute de beaux souvenirs de votre séjour haïtien. Attention au poids de votre bagage tout de même … la fièvre acheteuse pèse lourd au village des Noailles ! C’est moi-même le sac à dos bien rempli que j’ai finalement pris mon avion retour.

ARTICLE ÉCRIT PAR :
Adèle Boudier le
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