Le spécialiste du voyage responsable

Interview Les souvenirs de voyage de Stéphanie Ledoux

Elle est jeune, vit de couleurs et de voyages, possède une douceur et une sincérité bienfaitrices. Son travail, on en fait les louanges depuis longtemps sur Babel et si vous êtes passés à côté, il est encore temps de vous plonger dans ses portraits exotiques, délicats et poétiques. Lors d’un séjour à Toulouse, sa ville natale, Stéphanie Ledoux nous a accordés un long tête-à-tête chez elle, en toute simplicité. Morceaux choisis de cet échange privilégié.

Artiste et voyageuse, un métier de rêve... Peux-tu nous raconter en quelques mots comment tu es parvenue à concilier les deux et à en vivre ?

"Je dessinais beaucoup depuis toute petite et j’ai voyagé pas mal avec mes parents pendant mon enfance. Mon premier carnet de voyage remonte à mes 13 ans et j’en ai accumulé 80 dans ma bibliothèque depuis ! J’ai fait des études de biologie et quand je me suis aperçue qu’un métier "classique" ne m’autorisait que 5 semaines de congés payés par an, je me suis sentie prise au piège... Comme en parallèle, je dessinais toujours beaucoup et faisais quelques expos, j’ai naturellement vu cette voie comme une échappatoire qui me permette de vivre la vie que je rêvais, plutôt que de subir cette ancienne vie que je trouvais étriquée. C’est beaucoup de boulot mais entre les expos, les ateliers, le livre, j’ai réussi à vivre du dessin."

À quel point le dessin est-il un moyen d’échange en voyage ?

"Ça change tout ! On arrive humble, avec un matériel minimaliste : des feuilles volantes, un crayon et un taille-crayon - je fais peu de couleur sur le terrain - et on prend le temps de s’intéresser aux gens. Ils sont flattés, étonnés de voir qu’avec si peu on puisse capter le réel, et s’identifient parfois, m’empruntant du matériel de dessin à leur tour ! Le dessin est un medium universel qui dépasse la barrière de la langue. C’est moins agressif que de braquer un gros objectif d’appareil photo sur des gens qui ne sont pas habitués. Et ça laisse le temps à l’échange, avec le modèle lui-même, mais aussi avec tous les curieux qui ne manquent pas de venir regarder par dessus mon épaule. On rit, on s’étonne, on admire, on se moque, mais ça ne laisse pas indifférent. Et il y a souvent un bel échange une fois le dessin terminé - et offert, de temps en temps."

Si tu devais nous parler d’un pays qui t’a vraiment marqué, ce serait lequel ?

"Je vais sûrement parler de la Birmanie car je reviens tout juste de mon second voyage là-bas et j’en suis encore toute bouleversée. C’est un pays complètement envoûtant, avec des gens qui ont le coeur sur la main et un sens de l’hospitalité inégalé. La population est souriante et douce, très polie et pleine de petites attentions attendrissantes, et je ne crois pas que ce soit encore perverti par le tourisme. Il y a une vraie ferveur religieuse au présent pour le bouddhisme, d’une intensité jamais vue ailleurs. C’est peut-être pour ça que les gens sont d’une telle bonté ? Les paysages sont somptueux, le lac Inlé, le pont d’U Bein, la campagne autour de Kalaw, la pagode Shwedagon, la savane de Bagan parsemée de temples... Je crois que c’est un pays qu’il faut visiter avant que ça devienne "l’usine" comme la Thaïlande ou le Vietnam. Je suis aussi tombée sous le charme de Socotra pour ses paysages hors du commun : lagons turquoise, arrière-pays aride parsemé d’arbres aux formes étonnantes, dune géante de sable blanc... Mais en ce moment il est difficile de se procurer un visa pour y aller. Le Yémen souffre d’une mauvaise réputation en France, pourtant quand on y est, les gens sont d’une sympathie et d’un accueil incroyables."

Et une rencontre particulièrement bouleversante que tu pourrais nous raconter ?

"Celle d’un petit garçon prénommé Lingappa que j’ai rencontré en Inde lors d’un séjour dans le Karnataka. Il fait partie de la tribu des Kurubas, qui appartient elle-même à la caste des Intouchables. Il y a quelque temps, Lingappa est tombé en voulant grimper sur un éléphant. Il les adore et veut être mahout plus tard, c’est-à-dire s’occuper de ces gros pachydermes. La chute lui a cassé tibia et péroné et Lingappa n’a pas été soigné comme il faut, ses os se sont ressoudés de travers, avec un angle. Et le petit s’apprêtait à vivre une vie d’infirme et à voir son rêve brisé. Mais Prajna et Philippe, chez qui je logeais, s’en sont aperçus et lui ont payé une opération pour ressouder correctement les os de sa jambe. Le dernier jour de mon séjour là-bas correspondait au jour de retrait du plâtre. J’ai emmené Lingappa en ville, sur mon dos, amusée à la fois par les regards des Indiens qui bloquaient à la vue d’une fille blanche portant un Intouchable et par l’émerveillement de Lingappa qui se rendait en ville pour la seconde fois de sa vie seulement. Après ça, il a retrouvé le sourire. L’histoire de ce petit garçon m’a touchée et j’ai aimé comme le dessin a pu être encore une fois un moyen de communication au-delà de la barrière de la langue."

Te considères-tu toi-même comme une voyageuse responsable et quelle attitude as-tu l’habitude d’appliquer pour y parvenir ?

"Je l’espère ! En tout cas j’essaie. Déjà, je suis allergique aux formules ’tour organisé en car de touristes’ ou séjour en hotel all inclusive. J’aime voyager en indépendant, dormir dans des petites structures, des guesthouses, des petits hôtels ou chez l’habitant pour que ça profite à la population locale et pas à des promoteurs internationaux. Je mange de la même façon dans des gargotes ou petites structures. Je prends les moyens de transport locaux, c’est la meilleure façon de se plonger dans le quotidien des habitants. J’essaie de ne rien faire qui encourage les habitants à changer de mode de vie. Par exemple, on voit tellement de touristes qui croient bien faire en distribuant sans raison des bonbons ou des stylos aux enfants, sans se douter que c’est le meilleur moyen pour qu’ils mendient au lieu d’aller à l’école. Mais j’avoue que quand je mets les pieds dans des endroits où personne ne va, je me demande parfois si je fais bien... J’admets en tout cas une entorse aux principes du voyageur responsable : je prends l’avion entre la France et ma destination. Bilan carbone désastreux... Je me rachète une bonne conscience en faisant du vélo et en prenant très peu la voiture quand je suis chez moi !"


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À lire sur Babel Voyages : son carnet de voyage au Vanuatu

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