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Expo La Jamaïque en musique à la Philharmonie de Paris

« Jamaïca Jamaïca ! », c’est la dernière expo phare de la Philharmonie de Paris et elle se termine déjà ce dimanche 13 août. Foncez profiter des derniers jours dans le ventre du spectaculaire bâtiment d’aluminium signé Jean Nouvel : cette plongée dans l’île qui adore Jah, la ganja et les riffs de reggae ou de ska est un moment passionnant durant lequel on se familiarise à l’histoire jamaïcaine, le tout bercé par le "one love" venu de Kingston.

C’est un casque audio autour du cou que l’on pénètre au coeur de l’expo, tel son visa pour entrer en Jamaïque, prêts à en prendre plein les oreilles. Mais pas que.

La musique, caisse de résonnance de l’Histoire en Jamaïque

La Jamaïque, si elle est réputée de par le monde pour ses rythmes, bouleverse aussi par son Histoire, plus méconnue. Découverte par les caravelles de Christophe Colomb en 1494, les Arawaks qui la peuplaient furent dès lors décimés par les Espagnols en une poignée de siècles. Devenue ensuite possession anglaise, la Jamaïque a été longtemps terre d’esclavage. Si bien qu’au moment de devoir élever le drapeau de la nation libre quand tombe l’Union Jack en 1962, la Jamaïque choisit ses couleurs non sans philosophie : malgré les difficultés (le noir), l’herbe est toujours verte (le vert) et le soleil brille (le jaune). Elle est la seule nation au monde à ne pas arborer de bleu, de rouge ou de blanc sur son drapeau avec la Mauritanie, laissant définitivement derrière elle son sanglant passé colonialiste. Rebelle la Jamaïque ? Et comment ! Comme si les esclaves les plus retorts, débarqués sur cette terre car toute première escale des Antilles, avaient forgé le caractère du peuple jamaïcain... Voilà quelques-unes des anecdotes passionnantes que l’on apprend en arpentant « Jamaïca Jamaïca ! »…

Et bien sur, la musique rythme cette leçon d’histoire400 years de Peter Tosh en ouverture, des morceaux de ska enthousiastes qui célèbrent l’indépendance nouvelle, War en 1976 qui reprend les paroles d’un discours d’Haïlé Sélassié, empereur d’Éthiopie, figure de résistance à la colonisation et incarnation de Dieu dans le rastafarisme - « Until the colour of a man’s skin is one of no more significance than the colours of hie eyes, the dream of lasting peace (…) Will remain but a fleeting illusion to bu pursed but never attained »  / « Tant que la couleur de la peau d’un homme aura plus de sens que celle de ses yeux, le rêve d’une paix durable restera une illusion » - Redemption Song en 1980, où c’est un discours de Marcus Garvey cette fois, un des pères du nationalisme noir, qui est repris par Bob Marley. La musique est une complainte, un cri de rage, une démonstration de rébellion et une alternative de vie spirituelle, à l’image des Wailers, formé par Peter Tosh, Bunny Livingston et Robert Nesta Marley, ces gosses de Trenchtown, quartier burlant de West Kingston, qui ont connu la violence des rues et qui la chanteront toute leur vie dans leur reggae, déclaration de fierté militante aux sonorités résolument africaines. Bob Marley lui, véritable figure christique des sans-voix, chantera l’humanité, l’union, l’Amour, jusqu’à sa mort prématurée à 36 ans, emporté par un cancer, alors qu’il était la première star internationale issue du Tiers-Monde.

La Jamaïque interactive

Le bonheur de cette expo, c’est d’être particulièrement interactive : en plus de brancher son jack un peu partout au fil du parcours pour écouter du mento ou du dancehall en passant par du ska, du rocksteady, du dub, du reggae..., on se fait DJ en fin de visite et l’on mixe des sons sur des consoles laissées à notre dispo.

Et puis l’on découvre toutes sortes d’objets inédits : la guitare M16 en forme de mitrailleuse de Peter Tosh, devenue symbole de défiance et de militantisme, des sound systems vintage, la console de mixage customisée de King Tubby, la batterie des Skatalites, un costume de scène farfelu de Lee Perry, la reconstitution du mythique Studio One ou encore cet énorme « panzer sound system » dans lequel on a envie de grimper pour se mettre à mixer et ainsi scander que le dancehall est une arme et un moyen d’évacuer la pression de la vie quotidienne par le biais de la provocation.

Ainsi, la Jamaïque en musique éclaire sur la Jamaïque politique, et c’est riche de la philosophie de cette nation "Out of many, one people" / "L’unité née de la diversité" que l’on ressort grandit par tant d’humanité, de festivité et de combativité émanant d’un peuple qui a tant souffert...

Jamaïca Jamaïca ! - de Marley aux deejays
Philarmonie de Paris
Tarifs : Plein tarif : 10 €
ARTICLE ÉCRIT PAR :
Fondatrice / Responsable Éditorial le
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