"Like Someone in Love" : crépuscule à Tokyo‏

Culture

Par Laure Croiset

Posté le 24 mai 2012

Après une balade savoureuse en Toscane avec "Copie Conforme", le cinéaste iranien Abbas Kiarostami pose sa caméra à Tokyo pour dépeindre sur 24 heures la rencontre entre un vieil homme et une jeune femme. Entre subtilité, sensualité, et air de jazz, "Like Someone in Love" se savoure comme une bouchée de riz au thé vert, à la lueur de la nuit, de préférence.


Un vieil homme et une jeune femme se rencontrent à Tokyo. Elle ne sait rien de lui, lui croit la connaître. Il lui ouvre sa maison, elle lui propose son corps. Mais rien de ce qui se tisse entre eux en l’espace de vingt-quatre heures ne tient aux circonstances de leur rencontre.

Like Someone in Love fait son entrée dans un bar huppé de la capitale nippone. Les conversations se croisent dans un vaste brouhaha, où chacun basculera d’un siège à un autre, comme une douce valse qui invite le spectateur à plonger dans les mouvements incessants de la ville. Captant l’âme de la société japonaise, ravagée par la solitude, la violence et la confusion, Abbas Kiarostami filme le visage d’Akiko (Rin Takanashi, sublime révélation), cette jeune call-girl débarquée de sa province natale depuis deux ans, qui enchaîne les rendez-vous manqués et s’accommode d’une relation conflictuelle avec son fiancé du moment. D’un côté, sa grand-mère l’attend à la gare. De l’autre, un vieil homme lui donne rendez-vous dans son appartement tokyoïte pour partager une soupe aux crevettes. Lente hésitation, la jeune femme va avancer vers sa destinée qui lui est imposée par son patron. Là-bas, va se tisser une conversation autour d’une toile japonaise, et l’expérience de l’un va venir influer sur la jeunesse de l’autre.

En vingt-quatre heures, ces deux êtres vont s’approcher l’un l’autre, s’inventer une famille, prendre la route, tomber sur un fiancé jaloux... Filmant ses héros dans leurs moindres reflets, Abbas Kiarostami compose ses cadres tel un peintre, ornés de couleurs tranchées, de jeux de miroirs et de mots balancés d’un esprit à un autre. Si la confusion règne dans ce récit au rythme en vase communiquant, dans cette nuit périlleuse, on retiendra surtout la lente progression au monde de sa belle héroïne. Seule la pirouette finale donne au film une fausse note, qui n’entachera en rien ce délicat voyage à Tokyo.