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Bouts du Monde Hypnotisante grand-mère des Annapurnas

Une petite merveille que ce 13e numéro de "Bouts du Monde", des carnets de voyageurs faits d’une belle grand-mère rabougrie, de croquis volés au Vanuatu, de collages shanghaïens, de vieilles pelloches de cinoche projetées au Sikkim, des photos poussiéreuses prises en plein désert aborigène ou encore des images rassurantes de l’Iran d’aujourd’hui.

Dans ce numéro d’hiver de Bouts du Monde, les villes sont à l’honneur, chaotiques ou enthousiasmantes, chargées d’autant de névroses que d’espoirs.

Au Caire, c’est plutôt le foutoir comme le démontre le crayon noir de Frédéric Rudant, noir des gaz d’échappement, le trait aussi brouillon que cet anarchique ballet ambiant.

Ciseaux et tube UHU en poche, Nicolas Roux quant à lui s’est perdu à Shanghaï, mi-ancestrale mi-futuriste, et a découpé collé des morceaux des journaux pour en faire des gratte-ciel où les caractères de l’alphabet chinois lui servent de fondations. Exercice sans limite qui témoigne d’une croissance à deux chiffres, du neuf qui dévore le passé, des 19 millions d’habitants tassés...

Quoi que moins que dans le Tata de Morondava à Mada emprunté par Gilles Gamot, sorte de taxi brousse poussé à son paroxysme. Des heures et des heures de retard, une galerie aussi prétentieuse que la tour de Babel, des centaines de personnes les unes sur les autres pour 75 places officielles, des poteaux entre les jambes, des enfants sur les parents, des enfants sous les sièges, des enfants sur les sacs de riz, des enfants partout, une crevaison, une piste bien boueuse, une chaleur écrasante, 35 heures de route... Un engin du diable qui amuse ou exaspère selon l’humeur du moment…

Rien à voir avec la douceur du VanuatuStéphanie Ledoux est allée croquer de nouveaux portraits exotiques et poétiques. Douceur de vivre d’un chapelet d’îles en plein Pacifique Sud avec lagons merveilleux, cratères bouillonnants, marchés colorés, banians entrelacés, regards bienveillants.

L’émotion la plus vive est sans doute celle procurée par le visage de couv désormais figé dans l’éternité, celui de cette vieille femme des Annapurnas, photographiée par le talentueux Kares Le Roy qui en a fait depuis la figure représentative d’un travail qui questionne identité et codes de beauté. Une photo pour symboliser le travail d’une vie, voilà qui est lourd de sens. Le récit est celui d’un homme reconnaissant ayant monté un projet d’expédition pour retrouver sa grand-mère des Annapurnas, en apprendre davantage sur cette femme qu’il n’a croisé que le temps d’un cliché, la remercier en la faisant bénéficier des retombées de ce travail. Touchante histoire que cette rencontre improbable entre deux êtres séparés par des milliers de kilomètres, si proches et si lointains à la fois...

Et puis un croquis bourré d’humour pour apprendre à déshabiller un Tamoul (ça peut toujours servir), un nouvel épisode de Bref signé Adeline Gressin du blog Voyages etc qui condense son tour du monde, des bribes d’échos qui donnent à sourire en provenance des rues de Katmandou, de Tunisie, de Chine ou de Sierra Leone, des croquis de Cisjordanie pour remplacer les pierres par des crayons...

Des bouts du monde envoûtants, de l’art et des voyages, l’art de voyager...


Bouts du Monde
N°13 - Hiver 2013
15 €

ARTICLE ÉCRIT PAR :
Fondatrice le
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