Tiken Jah Fakoly met l'Afrique à l'honneur à Paris

Culture

Par Laetitia Santos

Posté le 18 janvier 2011

Un dixième album studio, un militantisme qui ne semble pas vouloir lui lâcher les tripes et bientôt une semaine africaine et solidaire à Paris sous sa conduite, Tiken Jah Fakoly s’affiche comme un leader de l’African Revolution qu’il encourage tant. Rencontre avec un sage homme au noble combat.


C’est dans le cadre feutré et tamisé du salon de lecture Jacques Kerchache, au coeur de la cité culturelle du Quai Branly, que nous avons rencontré ce matin Tiken Jah Fakoly, cet homme à la carrure imposante dont émane une force tranquille et qui milite en musique depuis plus de quinze ans pour que le continent africain sorte la tête de l’eau. Au lendemain de la sortie de son dixième album studio, African Revolution, l’Ivoirien qui dédie son art à la terre qui coule dans ses veines, a prévu de remplir Bercy le 18 juin prochain et s’est dit que, au lieu de célébrer l’Afrique le temps d’une soirée, il allait la mettre à l’honneur toute une semaine. Programmation de films africains, expo photos, forum associatif, boutique solidaire, de quoi porter bien haut les couleurs du continent africain entre le 13 et le 18 juin prochain.

Concert coloré et engagé

S’il enchantera la Cigale jeudi soir le temps de son premier concert parisien de l’année dans sa tournée African Revolution, Tiken a surtout Bercy de prévu à son planning le 18 juin, rien que ça ! Vous en connaissez beaucoup vous, des artistes reggae qui remplissent Bercy ? L’occasion rêvée pour transmettre à un public hétéroclite cette musique militante aux frontières du reggae et du blues mandingue qu’il a confectionnée entre Kingston - dans le mythique studio Tuff Gong de Bob Marley - et Bamako. Sur des sonorités délicieuses de n’goni, kora et soukou, ces instruments traditionnels d’Afrique de l’Ouest, auxquels viennent s’ajouter la guitare acoustique de Thomas Naïm, Tiken en appelle à l’Afrique toute entière pour qu’au-delà des ethnies, au-delà des régions et des religions qui la divise bien trop souvent, les Africains puissent s’unir et mettre en marche la révolution noire dont le continent a tant besoin. ’’Personne ne viendra changer l’Afrique à notre place, il faut se lever, lever, lever, pour changer tout ça" s’époumone-t-il dans Il faut se lever. Parfois amer, notamment lorsqu’il évoque les ’’millions de jeunes sans boulot, tous la main tendue’’ dans Vieux Père, qui fait ainsi référence à la mendicité qui fait tant de mal à l’Afrique, Tiken n’en reste pourtant pas plein d’énergie, d’espoir et d’humilité : ’’Je ne veux pas ton pouvoir, pas besoin de l’avoir, je ne veux pas de ta gloire, je veux l’espoir.’’
En plus de faire danser et de véhiculer un message précieux pour les consciences lorsqu’il investira la scène de Bercy, Tiken organisera un forum associatif durant toute cette journée du 18 et tout un tas d’associations oeuvrant pour l’Afrique pourront donc profiter d’un espace dédié, mis à leur disposition gratuitement entre 9h et 18h. L’UNICEF, l’UNESCO, l’association Survie, Solidarité Sida, Papillons de nuits mais aussi Respect seront sur ainsi place et d’autres viendront s’ajouter d’ici là. Une initiative qui, on l’espère, permettra de belles rencontres et favorisera l’action.

Cycle cinématographique consacré à l’Afrique

En collaboration avec Mk2 Quai de Seine/Loire, on pourra jouir durant deux semaines d’une belle sélection africaine. Une soirée d’ouverture donnera le ’la’ le 13 juin et proposera une rencontre avec Tiken, un réalisateur africain (qui pourrait bien être Souleyman Cissé, le brillant cinéaste malien !), un journaliste socio-politique et un autre cinéma/musique de Trois Couleurs. Jolie soirée en perspective. Après quoi vous pourrez découvrir la programmation que voici : trois longs signés de la caméra de Souleyman Cissé, Min Ye, Wati et Yeelen, deux de Jean Rouch, Moi, un noir ou Jaguar, La petite vendeuse de soleil de Djibril Diop Mambety, La vie sur Terre, Hermakono (En attendant le bonheur) et Bamako, pour avoir une vision du cinéma d’Abderrahmane Sissako, quatre pellicules d’Eliane De Latour, Bronx-Barbès, Les oiseaux du ciel, Après l’océan et Si bleu, si calme et enfin deux derniers de Mahamat Saleh Haroun, Bye-Bye Africa et Un homme qui crie. De quoi s’ouvrir aux talents cinématographiques de l’Afrique.

C’est bien beau, mais quid de l’expo photos ?

En plus d’une programmation engagée, le Mk2 Quai de Seine exposera une série de clichés signée de l’objectif de Philippe Bordas, lequel a parcouru le continent africain durant une quinzaine d’années et est désormais le photographe attitré de Tiken. L’homme nous offrira sa vision de l’Afrique, loin des clichés et de l’exotisme.
Le 18 au matin, Studio Philo, cours de philosophie et de cinéma en images au Mk2 Bibliothèque, cloturera sa sixième saison par une séance spéciale consacrée à l’Afrique. Deux évènements pour en avoir plein les mirettes.

La Boutique éphémère, dépenser sans culpabiliser

Toujours au Mk2 Bibliothèque, la nouvelle boutique s’habillera de vert, de jaune, de rouge et proposera une belle sélection de livres, DVDs et revues sur le continent d’où est originaire Tiken. Vous pourrez également remplir vos bras de produits alimentaires issus de l’agriculture équitable, de textiles éthiques en coton biologique et de bijoux et autres produits cosmétiques traditionnels. Il nous prend comme une envie de dépenser sans compter !

Un concert, une école

"Rapidement, des gamins sont arrivés. Je leur ai demandé ce qu’ils faisaient là, en pleine journée. Pourquoi n’étaient-ils pas en classe ? Ils m’ont appris que leur village ne disposait pas d’école et qu’ils devaient parcourir plus de dix kilomètres pour se rendre à celle située dans le village voisin. Du coup, ils préféraient ne pas y aller du tout. J’ai alors décidé de financer la construction d’une école."

Cette anecdote, Tiken l’a vécue en 1997 dans un coin de brousse ivoirienne alors qu’il tournait un clip pour son album Françafrique. Depuis, il a tenu sa promesse et grâce aux concerts qu’il donne dans le monde, il récolte régulièrement des fonds sur les bénéfices de ses tickets et soutient l’éducation à sa manière, rouage qu’il va indéniablement falloir débarrasser de sa rouille pour mettre en marche durablement le développement de ce continent.

Ainsi, en 2009 ont été inaugurées l’école primaire de Touloni en Côte d’Ivoire et le collège Dianké dans le nord du Mali. Une école dans le village de Nialé au Burkina Faso est actuellement en cours de construction et deux autres projets sont en préparation : la réhabilitation d’une école dans le quartier de Treichville à Abidjan en Côte d’Ivoire et l’édifice d’une autre école en Guinée.

"On a fait des concerts en Europe pour construire des écoles en Afrique. Pourquoi ne pas faire des concerts en Afrique pour construire des écoles africaines avec la jeunesse africaine ?" s’interroge tout de même l’artiste dont le message est avant tout que son peuple se prenne lui-même en main.

Semaine Africaine et Solidaire, par Tiken Jah Fakoly
Du 13 au 18 juin 2011