Le spécialiste du voyage responsable

Interview Jean-Pierre Aurières : « Dans la vie, il faut œuvrer pour la paix sans quoi on passe à côté des choses »

Jean-Pierre Aurières, c’est le prof que tout le monde rêverait d’avoir. Celui qu’on devrait tous avoir ! Capable de bouleverser la destinée de ses jeunes, même des plus rebelles en leur cité. Depuis près de 30 ans maintenant, il enseigne l’histoire-géo au lycée général et technologique Paul Éluard de Saint-Denis. Et secoue l’Éducation Nationale en remuant ciel et terre pour organiser des voyages d’étude à l’autre bout de cette Terre justement. Les résultats sont édifiants : voyage et éducation font assurément bon ménage...

Entretien très engagé avec un enseignant pas comme les autres, que l’on aura la fierté de recevoir au No Mad Festival 2018 le dimanche 17 juin prochain à 14h30 pour visionner ensemble « L’Origine, Nouvelle-Calédonie » à l’Utopia de Pontoise. Un passionnant rendez-vous à ne pas louper !

Avec Au Bout de la Route, vous réussissez l’exploit depuis plus de 10 ans d’emmener vos classes chaque année à l’autre bout du monde. Est-ce que vous pouvez revenir sur la manière dont tout a commencé et comment vous avez réussi à rendre ça possible ?

"Le premier voyage a été fait en 2007. Il faisait suite à une réflexion que j’ai eue après les émeutes des banlieues en 2005 : « Je suis au lycée depuis 15 ans mais finalement, qu’est-ce que j’ai pu faire ? Qu’est-ce que j’aurais du faire pour éviter ce genre de choses, cette sécession de la jeunesse ? » Ça m’inquiétait. Je me suis dit que ça concernait souvent des élèves qui ne se sentent pas Français ou mal Français, qui sont montrés du doigt en tant qu’élèves de banlieue. Mais si on les sort de leur contexte français, si on les emmène dans un autre pays et qu’on les confronte à une thématique comme le vivre-ensemble ou la manière dont certains pays, qui ont subi des heurts et problèmes politiques, ont réussi ensuite à essayer de batir quelque chose, je me suis dit que l’on pourrait réfléchir à la manière d’être Français quand on est vu de l’extérieur et sur la façon de bâtir pour créer du lien. Et on a monté un premier voyage en Irlande. Ce n’était pas très loin et seulement 8 jours, sur le conflit entre l’Irlande du Nord et l’Irlande du Sud, les Catholiques et les Protestants. On est partis en 2007, un voyage financé par le lycée et à l’issue de ce voyage, les rencontres que nous avions faites étaient tellement bouleversantes, tellement pleine de sens, en particulier avec le Prix Nobel de la Paix, et différentes personnalités aussi bien irlandaises que pro-anglaises, qu’à la fin l’élève avait été profondément bouleversé, avait beaucoup muri, que je me suis posé la question pourquoi on ne pourrait pas continuer ? Alors on bâti un 2ème voyage, celui-là beaucoup plus ambitieux car plus long, il était de 15 jours et plus loin puisqu’on devait partir aux États-Unis et au Mexique sur le thème de la frontière. C’est là que j’ai pris mon baton de pèlerin et que je suis allé voir pas mal de gens, des politiques, des entreprises... J’ai réussi à les convaincre que ce que j’allais faire était tout nouveau et très fort d’un point de vue civique. Nous sommes rentrés du Vietnam il y a une semaine et il s’avère que chacun des voyages n’a jamais démenti ce que je pensais : ça apporte aux élèves un surcroit de citoyenneté et de réflexions grâce aux rencontres extrêmement fortes que l’on fait."

Vous arrivez justement à palper chez vos élèves ce qu’ils en ont retiré de façon concrète, l’impact que ça a pu avoir dans leur vie et ce qu’ils en gardent aujourd’hui, avec dix années de recul ?

"Oui car j’ai effectivement un recul. Les élèves qui sont partis en voyage avec moi, je suis toujours en contact avec eux, on s’envoie des mails, des textos, je déjeune avec ceux qui sont encore dans le coin, on prend des cafés... Donc je connais un peu leur évolution. Parmi ces élèves, il y en a une petite partie qui, grâce à ces voyages, vit à l’étranger. J’ai un élève en particulier qui habite à Tokyo maintenant. Et c’est très symbolique car ce garçon qui était parti aux États-Unis avec moi, va me servir d’interprète l’année prochaine puisque je pars au Japon avec mes élèves. Ce qui est une forme de boucle qui va être bouclée… J’en ai d’autres qui vivent à Valparaiso, Sydney… Là c’est spectaculaire pour ces élèves là, le voyage a été une fenêtre qui s’est ouverte sur des possibles. Ils se sont dit finalement je peux aller à l’étranger, ce n’est pas compliqué, il suffit de prendre du courage et de partir. Pour tous les autres... Là nous sommes rentrés d’un voyage au Vietnam, on a travaillé en particulier dans le Delta du Mékong à la  rénovation agricole et dans un centre d’enfants victimes de l’agent orange, des enfants lourdement handicapés. Pour un enfant en particulier, on a pris l’engagement avec les élèves de le faire venir en France pour le faire opérer et lui donner sa chance. Ça, ce n’est pas moi qui l’ai suscité, ce sont les élèves qui instantanément ce sont dit « Tiens, on pourrait faire quelque chose ». Il y a cet effet de se dire que le monde n’est pas aussi heureux qu’on peut le dire, que nous Français sommes pas mal dans notre cocon et quand on arrive dans des endroits qui ont été marqués par des tragédies, je suis étonné de voir ces gamins de 16 - 17 ans qui tout à coup deviennent matures, prennent à bras le corps certaines problématiques et se mettent en mouvement."

Vous étiez vous-même voyageur avant ces voyages scolaires ?

"Oui j’ai toujours beaucoup voyagé, seul ou avec des amis. Le voyage forme la jeunesse !  Mais de là à emmener une classe… D’abord il faut trouver les financements, même si c’est devenu moins compliqué maintenant car je bénéficie d’une certaine médiatisation depuis 15 ans. Ce qui a été le plus compliqué, ça a été de convaincre l’éducation nationale qu’on pouvait partir à l’étranger avec des élèves pour pouvoir travailler sur un thème en particulier. On me disait « Mais non, ça ne s’est jamais fait ! » et je rétorquais « Eh bien justement, on va commencer ! » Il y a eu des réticences bien évidemment… Pour financer des voyages comme ça, ce n’est pas sur l’Éducation Nationale et l’argent public que l’on peut compter. Il faut donc aller chercher de l’argent privé. C’est là où certains esprits chagrins sont montés au créneau en disant que c’était l’irruption de l’argent privé dans l’Éducation Nationale, la fin de tout, la catastrophe ! J’ai eu à essuyer un barrage qui a été assez pénible… Qui dure encore un peu. Mais heureusement qu’il y a eu l’argent privé qui m’a permis de faire le tour du monde avec mes élèves sinon je ne serai jamais sorti du 93 !"

Ça doit vous demander une énergie incroyable de préparer ces voyages de quelques jours pour une poignée de jeunes...

"Ça demande beaucoup, beaucoup d’énergie ! (rires) Mais cette énergie, quand on regarde la manière dont les élèves reviennent après, je me dis que ce n’est pas si grave que ça…"

Et comment choisissez-vous les différents pays où vous vous rendez d’une année sur l’autre ?

"Il y a plusieurs critères. Ce sont soit des pays qui ont connu des conflits avant de surmonter tout ça. C’est le cas par exemple de l’Afrique du Sud avec l’apartheid, de l’Irlande, du Guatemala avec le génocide des Mayas. C’était le cas aussi avec le Chili et les Mapuches. Il y a un 2ème critère, c’est chaque fois que l’on peut aller dans un pays rencontrer ce que l’on appelle un peuple premier qui est en danger et avec qui on peut aller passer du temps. Là ça a aussi été le Guatemala, avec les communautés Mayas au fin fond de la jungle, ça a été le cas du Chili dans les communautés Mapuche, au sein des familles. Mais le voyage le plus spectaculaire jusqu’à présent, ça a été la Nouvelle-Calédonie. Nous avons passé du temps dans des tribus kanaks aussi bien à Hienghène qu’à Ouvéa. Il y a eu aussi le Gabon ou on a passé quelques jours dans une communauté pygmée au cœur de la foret équatoriale. Là c’était vraiment l’aventure complète ! On essaie aussi d’amener un plus : c’était le cas du Vietnam où on est allé dans une école, dans une petite ville du Delta du Mékong. Les rapports qu’on a eu avec les jeunes, la population, l’encadrement, ont été bouleversants. Des moments vraiment extraordinaires... L’année prochaine ce sera le Japon parce que je souhaiterais aller rendre visite à des populations Aïnous, qui sont très peu connues, au Nord du Japon sur l’île d’Hokkaïdo. Je vais faire ça avec un spécialiste pour essayer de batir un voyage hors normes dans un endroit où on ne va jamais. Les voyages que l’on fait sont tout sauf touristiques ! Au Vietnam par exemple on a aterri à Hô Chi Minh Ville, on est resté là quelques jours. Et ensuite nous sommes partis à Soc Trang, une petite ville où pour les habitants, c’était la révolution : ils n’avaient jamais vu d’étrangers ! Et c’est là que les rapports sont vrais. Pourquoi aller dans la Baie d’Halong alors que tout le monde l’a déjà vue, c’est la carte postale, il n’y a pas de rencontres vraies avec les gens !  Tandis que là dans ce village qui n’est pas du tout touristique, on peut avoir des relations très fortes et les élèves étaient vraiment bouleversés, ils étaient en larmes quand on est partis. C’est ça que je cherche moi surtout !"

Justement ce serait intéressant d’avoir votre point de vue plus global sur le tourisme tel qu’il est pratiqué aujourd’hui, le tourisme de masse notamment…  

"Bien sur chacun a le droit de se balader, de voir des belles choses… Quand on est allé en Inde, on est allé au Taj Mahal, parce que nous étions à coté. Mais dans la journée par exemple, j’interdis à mes élèves le téléphone portable, parce qu’ils partent dans des paysages mais mettent leur téléphone entre eux et ce paysage. Ils prennent des photos, ils filment… Et pendant ce temps, ils ne voient pas la réalité des choses. Le voyage, le vrai tourisme pour moi, c’est aller à la rencontre de l’Autre. Il y a les paysages qui vont avec bien sur, mais c’est d’abord aller à la rencontre de l’Humain. C’est ce que je dis toujours à mes élèves avant de partir : « Le voyage, il est d’abord intérieur et vous allez vous en apercevoir au fil des années qui vont passer. Vous allez vous mettre hors de votre zone de confort. Et vous allez être ouvert à l’altérité, à des choses nouvelles. Ça va vous poser des questions, vous perturber peut-être. Mais ça va vous enrichir surtout. » Et pour moi le voyage c’est ça, ce voyage intérieur. D’ailleurs au Vietnam, un matin au petit-déjeuner, je me rappellerais toujours d’un élève en particulier qui ouvre le frigo et qui me dit « Monsieur, où est le lait ? » (rires) Et moi de lui répondre : « Tu sais au Vietnam, on va manger de la soupe ! » Il a ouvert des yeux ! « Il n’y a pas du lait avec des tartines et de la confiture ?! » Et je lui ai dis « Tu vois, le voyage, c’est ça aussi… Ça commence par ça, par manger autre chose. » Alors au début ils font un peu la gueule ! Et puis au bout de 2-3 jours, on s’aperçoit qu’ils manient bien les baguettes ! C’est ça le voyage, sortir de sa zone de confort. Et les élèves le font très bien, ces élèves de banlieue qui sont très peu allés à l’extérieur ou alors seulement au bled. Mais hors de ça, il n’y a rien. Là ils rencontrent des gens qui s’habillent différemment, qui parlent différemment, qui mangent différemment et pour eux, ça les bousculent. Le voyage, c’est le fait d’être bousculé et de découvrir la relativité des choses. Et à l’âge qu’ils ont, où ça évolue, je pense qu’ils vont devenir tolérants. Je me rappelle d’un de mes élèves sur le voyage au Mexique qui m’avait dit « Vous m’avez appris la tolérance… »"

Vous parliez tout à l’heure de peuples premiers, lesquels disparaissent petit à petit. Que retenez-vous des différents peuples premiers que vous avez pu rencontrer au cours de vos voyages ?

"La leçon qui vaut pour moi comme pour mes élèves, c’est qu’ils ont un sens de l’équilibre, de la planète et de leur place sur la Terre qui mérite que l’on s’y arrête. Quand on était au Chili chez les Mapuche, on a rencontré un chaman qui faisait pas mal de cérémonies, il faisait tomber la pluie… Il me dit : « Chaque fois qu’on coupe un arbre, ou qu’on doit tuer un animal, on s’adresse à la Terre Mère. Mais on va couper un seul arbre quand c’est nécessaire, pas cinquante ! On fait vraiment très attention parce qu’on est vraiment liés nous les Hommes au destin de la Terre Mère. » On l’a entendu aussi bien chez les Mapuches que chez les Kanaks. Respect de la nature, respect des autres, respect des anciens, qu’on a complètement perdu ici. Et ça, ça fait beaucoup de bien. On l’entend souvent, mais quand on le voit de manière concrète, avec des gens qui y font très attention, je pense qu’alors on apprend beaucoup de ces peuples là. L’année dernière par exemple on était dans une communauté pygmée extrêmement pauvre, et je disais souvent aux élèves : « Vous voyez les jeunes garçons qui vont à la rivière, ils vont chercher de l’eau. Cette eau, ils vont la boire alors que nous on a de l’eau en bouteille. Eux n’ont jamais bu d’eau potable, c’est l’eau du fleuve, celle aussi où les gens vont faire leurs besoins. » Dès que je peux aller rencontrer des peuples premiers, j’essaie de travailler ça, je trouve ça très important."

Si vous deviez retenir un moment fort et emblématique de vos voyages, bien qu’ils soient nombreux, ce serait lequel ?

"Sur le premier voyage, je me souviens que nous avons rencontré un prisonnier politique irlandais qui avait fait 20 ans de prison. Il venait de sortir de prison après l’Accord du Vendredi Saint. C’était un sniper, quelqu’un qui tuait des leaders catholiques et protestants pour le compte des Anglais. Il avait été condamné à une peine de 300 ans de prison mais au bout de 20 ans il était sorti. Je me souviendrais toujours, et c’est ce souvenir aussi qui m’a aidé à continuer les voyages, de cet homme qui m’a dit : « J’ai fait 20 ans de prison. Quand j’y suis rentré, ma fille avait 2 ans, quand j’en suis sorti, j’étais grand-père... » Et ça, je sais que chacun de mes élèves ne l’oubliera jamais et moi non plus. Dans la vie, il faut toujours œuvrer pour la paix sinon, on passe à côté des choses. Quand je le raconte, je suis encore ému et rien que pour ça, je me dis qu’il faut continuer. À chaque voyage, toujours, nous avons des moments bouleversants. Quand nous étions à Ouvéa par exemple, le chef nous a dit : « Depuis 30 ans, personne n’est venu nous voir. On a donc la double peine, on est doublement maudit. Il y a eu les évènements d’Ouvéa mais personne n’est venu. Vous, vous avez fait 24 000 km pour venir nous voir. Et on vous remercie d’avoir fait ce geste. » Il y a des paroles comme ça qui sont inattendues mais absolument bouleversantes, un moment de grâce. C’est pour ça que je continue, à tel point que maintenant, je fais deux voyages par an. Là nous revenons du Vietnam et en février, nous sommes allés en Guadeloupe avec une classe de Terminale. On y a travaillé sur l’esclavage. Et l’année prochaine, outre le Japon, j’ai ajouté un deuxième voyage que j’appelle Le 93 à la découverte des territoires ultramarins. On ira ainsi en Guyane au mois de novembre..."

On sent bien en tout cas que vous avez l’engagement chevillé au corps ! On a parlé de la manière dont cette idée vous est venue mais sauriez-vous expliquer d’où vous viennent ces attaches profondes au vivre-ensemble, à la solidarité, au fait de créer du lien… Ce sont quand même des valeurs très fortes que tout prof n’a pas forcément parce qu’il exerce en banlieue !

"Je vis en banlieue comme eux, à Saint-Ouen, et j’ai l’impression que la situation n’y est quand même pas optimiste... Il faut toujours être sur la brèche. Il y a un tel écart entre ces jeunes de banlieue et ceux de Paris par exemple, que je me demande ce qu’ils vont devenir plus tard. Je me dis que le voyage peut créer quelque chose, leur donner un plus. J’ai créé aussi Les Sessions de la Réussite, des rencontres entre ces élèves et le monde économique pour essayer de réduire la marche. Je suis profondément convaincu qu’il faut s’engager, que le métier de prof notamment doit être engagé. Le temps est compté et il faut absolument déployer tout ce qu’on peut faire pour leur donner des chances, des opportunités parce que la catastrophe, elle n’est pas loin… Pour moi, c’est un état d’urgence. Le voyage, c’est allier l’utile à l’agréable mais je sais que dans leur vie, il y a un avant et un après, que ce moment du voyage peut leur servir à rebondir... Alors oui, j’ai toujours de l’énergie pour les bouger, leur donner des opportunités et au passage je les découvre et je me découvre au travers d’eux."

Ça vous permet d’imaginer de nouveaux projets vous qui semblez être gorgé d’initiatives ?

"La nouveauté c’est que lorsque nous étions au Vietnam, on a loué un bateau. On a terminé le séjour à Côn Đảo en mer de Chine, on avait fait de la plongée, c’était super ! On rentrait et je regardais tous ces jeunes avec qui nous venions de vivre une grande aventure et je me disais « Qu’est-ce qu’ils vont devenir ces jeunes finalement ? » Et je me suis fait la réponse : « Tu veux savoir ce qu’ils vont devenir, Jean-Pierre ? Tu n’as qu’à écrire un livre sur eux ! » Je vais donc les suivre pendant 5 ans, jusqu’en 2023, on a passé un accord pour ça et j’appellerai le livre Les 13 de la France en Deux. C’est un travail au long cours que je vais faire avec eux…"


AGENDA : Jean-Pierre Aurières sera présent le dimanche 17 juin 2018 à partir de 14h30 au cinéma Utopia Pontoise dans le cadre de la 4ème édition du No Mad Festival. Il y présentera le film L’Origine, Nouvelle-Calédonie aux côtés des réalisateurs Marine Camille Rose et Juan Ignacio Davila, et de quelques-uns de ses élèves. La projection sera suivie d’un temps d’échange sur les bienfaits entre voyage & éducation et ce formidable projet que porte Jean-Pierre Aurières pour les jeunes de banlieue, Au Bout de la Route.

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