Le spécialiste du voyage responsable

Interview Véronique Durruty : "Je puise mon inspiration dans les voyages"

Avant de la retrouver lors du No Mad Festival le 14 juin prochain, Véronique Durruty, photographe sensorielle, nous a ouverts les portes de sa charmante demeure dans le IIème arrondissement de Paris. L’occasion pour nous de plonger dans ses voyages, bien installé dans son canapé et les sens en éveil...

Pour commencer, une petite présentation rapide...

Je m’appelle Véronique Durruty, je me définis comme artiste nomade, c’est-à-dire que je puise mon inspiration dans les voyages. Ce que j’essaie de faire, c’est de photographier les sens et les sensations. En faisant ce travail-là, je me suis rendu compte qu’il était intéressant pour moi de ne pas me limiter à la photographie, mais d’y adjoindre d’autres médiums. Autour de la photographie, j’utilise le dessin, les mots. Je peux travailler avec d’autres artistes pour leur demander de créer des parfums ou des sons qui seront associés à mes images.

Comment définir une « photographe des sens » ?

J’essaie de faire des photos qui ne parlent pas seulement aux yeux, mais qui parlent au toucher, aux oreilles, au goût, au nez. J’essaie de faire des photos qu’on pourrait voir en fermant les yeux. Je voudrais partager ce que j’ai ressenti plus que faire voir ce que j’ai vu.

Quel était votre dernier voyage ?

Je suis rentrée de Bulgarie hier soir ! C’est un petit pays mais très divers. Les gens sont adorables. Ils parlent relativement peu anglais donc la communication passe beaucoup par les gestes. C’est un pays méconnu alors qu’il n’est pas si loin de la France. J’ai croisé très peu de voyageurs individuels, à part les Bulgares. C’est dommage parce qu’il y a un très beau potentiel de voyage dans ce pays. Architecturalement, il y a beaucoup de choses : au niveau des habitations avec la renaissance bulgare, les églises orthodoxes elles, sont absolument somptueuses… Et puis il y a les traces des civilisations qui sont passées avant… C’est un pays extrêmement riche.

Le pays qui vous a le plus marquée ?

L’Inde ! Je suis une accro de l’Inde ! Pour moi qui voyage sur les sens, en Inde il y a les couleurs qui claquent, les parfums, bons ou mauvais qui nous sautent à la figure, c’est impossible de faire autrement. Il y a les bruits, parfois insupportables. Mais parfois ce sont aussi des musiques incroyables dans les temples, ou ailleurs. Le goût parce que la nourriture indienne est merveilleuse. Il y a le toucher avec la peau des femmes, les tissus,… C’est vraiment un festival pour les sens.

Un autre artiste du No Mad Festival, TimK, rapportait un amour de l’art chez les Indiens…

Il y a une vraie appétence des gens de la rue pour l’art et pour les artistes. Quand je m’accroupis dans un coin en Inde pour griffonner, tout de suite j’ai des gens qui vont venir en disant « Ah vous êtes un artiste » ! Il y a quelque chose de très positif dans le terme qu’ils utilisent. Ce qu’il y a de génial en Inde, c’est cette liberté sur l’image fixe mais aussi sur l’image animée. Ils ont une liberté d’expression absolument incroyable.

C’est le pays que vous choisiriez pour vous évader ?

J’espère m’y installer un jour ! Mais après, je trouve que le monde est beau dans sa globalité, et il a très peu de pays où je n’ai pas envie de retourner. Et il y  a des pays où je ne suis pas encore allée et que je veux absolument voir : l’Iran, l’Afghanistan, la Papouasie Nouvelle-Guinée, l’île de Pâques, l’Antarctique...

Le « voyager responsable », ça fait sens chez vous ?

Je ne sais pas si ça correspond à la définition du tourisme responsable, mais ma façon de voyager, c’est de prendre juste un billet d’avion, mais ensuite tout va aux locaux : je vais dans des petits restaurants, j’essaye de dormir chez l’habitant. En Bulgarie le salaire moyen est hyper faible. Un truc m’a marquée, la retraite moyenne est de 85 € par mois. Du coup, il y a beaucoup de gens qui louent des chambres chez eux. Puis même s’ils ne parlent pas anglais, c’est rigolo ! J’ai regardé Roland Garros avec une vieille dame qui hurlait devant sa télévision, c’était marrant ! Puis en même temps elle me faisait des bons petits déjeuner le matin. Moi ça correspondait à mon tout petit budget et elle, ça lui faisait un complément de revenus. Je crois qu’elle était très contente de rencontrer des étrangers. Elle m’a montré toutes les cartes postales qu’elle avait reçues de l’étranger (rires).

Que préparez-vous pour le No Mad Festival ?

Ça va s’organiser en deux temps. Les deux interventions sont séparées l’une de l’autre. D’abord, je vais faire une conférence-rencontre, beaucoup dans le dialogue, qui s’intitule « Photographier les sens ». Ce sera sur ma façon de travailler qui correspond aussi à ma façon de voyager. Ma démarche c’est d’échanger avec les gens pour qu’ils se posent la question « C’est quoi faire des photos ? » et « Comment photographier pour à la fois avoir sa propre approche mais aussi être respectueux des gens que l’on photographie ? ». Quand je vois certaines personnes photographier, je trouve que c’est pire qu’un fusil !

La deuxième partie, c’est sur les carnets de voyage. Au début, mes carnets n’étaient pas faits pour être montrés. C’est par hasard que mon éditeur est tombé dessus et m’a poussé  à les montrer. Je me suis rendu compte qu’ils permettaient de partager quelque chose. Je propose donc un atelier d’initiation parce que les gens ont commencé à me dire « J’aimerais bien faire comme vous mais je ne sais pas dessiner... ». Je pense que je ne sais pas dessiner non plus, mais un carnet, c’est un regard sur le monde et ça aide à voyager différemment. Cet atelier sera tout autant une ouverture à une façon de voyager qu’une méthodologie pour faire un carnet...


Pour vous inscrire à l’atelier Carnet de voyage organisé par Véronique Durruty ce dimanche 14 juin 2015 à Cergy-Pontoise, il vous suffit de nous laisser un petit mot et votre nom sur la page Facebook de l’évènement ! Ne tardez pas, il n’y a qu’une dizaine de places de dispo !

ARTICLE ÉCRIT PAR :
Frédéric Scarbonchi le
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