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Possotomé Le lac Ahémé, entre mythes et techniques de pêche

En partant découvrir le lac Ahémé avec l’association d’écotourisme Éco-Bénin, on s’assure d’un circuit au fil de l’eau qui nous rendra incollable sur les mythes liés aux divinités des eaux et nous initiera aux techniques de pêche du coin, embarqués dans la pirogue de Denis, un villageois , pêcheur et guide à ses heures.

35 km de long. 10 km en son point le plus large. 7 m de profondeur, qui passent à 10 en période de crues. 526 km² en saison des pluies. Telles sont les métriques qui caractérisent le lac Ahémé, au Sud-Ouest du Bénin. On peut aussi lui attribuer 4 embouchures, deux au Nord et deux au Sud, 45 villages bordant ses rives dont trois communes : Bopa, Comè et Kpomassè. Ses eaux sont à la fois douces et saumâtres puisqu’arrosées au Nord par la rivière Koufo Tho et au Sud, par la mer et le fleuve Nokoué. Durant la période de crues, le lac devient tout entier eau douce et les poissons se font plus rare.

45 villages, 45 divinités

Au Bénin, le sacré fait partie intégrante de la vie quotidienne. Ici autour du lac, chacun des 45 villages posés là possède sa propre divinité protectrice. Ainsi, le village de Possotomé, où se situe le superbe lodge sur pilotis de l’association Éco-Bénin, bâti exclusivement de morceaux de bois assemblés comme de façon aléatoire, est protégé par la divinité des eaux baptisée Avlékétée.

Face à chaque village, une zone d’eau délimitée est ainsi interdite à l’homme et à la pêche car considérée comme sacrée. Elle permet notamment aux poissons de s’y multiplier. Une fois dans l’année seulement, des hommes et des femmes initiés sont autorisés à naviguer sur ces eaux au moment de la cérémonie des offrandes où l’on apporte alors à la divinité un mélange d’haricots préparés, d’huile rouge et de sodabi que l’on verse sur la sculpture de bois émergeant de l’eau.

Le - sorte de devin et personnalité incontournable du culte vaudou et de la société béninoise - détermine chaque année s’il s’agira de la cérémonie des hommes, ou de la cérémonie des femmes. Dans le premier cas, les festivités dureront 9 jours durant lesquels résonneront les sons du tam-tam tandis que dans le second, la fête perdurera 7 jours. 

L’histoire que l’on préfère ? Celle de l’hippopotame d’homme que conte Denis en y croyant dur comme fer… Si l’on en croit la légende, le lac aurait autrefois été habité par un hippopotame… et un hippopotame d’homme, comprenez un homme capable de se transformer en hippopotame ! Chaque fois que cet homme un peu bedonnant se douchait avec un sceau empli de plantes magiques, il se transformait soudain en hippo. Mais sa femme, soupçonneuse, décida de lui préparer un bon diner dans le but de le faire avouer, en vain. Après plusieurs péripéties et las de se faire embobiner par son mari, madame jette le sceau de plantes avant de prendre ses clic et ses clac. Voilà que l’hippo d’homme ne peut plus se transformer et se retrouve condamner à vivre dans le lac et à en faire voir de toutes les couleurs aux hommes qui finirent par le tuer…

Et au moins 8 techniques de pêche !

En partant en pirogue sur les eaux du lac Ahémé, accompagné par Denis, guide mais pêcheur avant-tout, vous découvrirez les différentes techniques de pêche pratiquées ici avant de vous essayer vous-même au jeté de filet.

Allez hop, petit répertoire de ces différentes techniques :

- la pêche aux crabes : surtout pratiquée par les femmes, elle consiste à placer dans l’eau de petits paniers que l’on vient relever une fois par jour. C’est une technique qui requiert de la chance puisqu’il faut soulever la petite nasse au moment où un crabe se nourrit de l’appât, composé d’un petit tilapia salé.
- la pêche aux goujons : morceau de bambou creux et placé délicatement dans le sable au fond du lac. Ces pièges sont capables de capturer une dizaine de petits poissons qu’il faut remonter doucement à la surface en prenant soin de boucher les deux extrémités du bambou avant de renverser les prises dans un filet.
- la technique djohoun ("sans-appât") : une corde où sont suspendus quarante hameçons est positionnée au fond de l’eau, juste sur la vase. Lorsqu’ils s’entrechoquent, les hameçons diffusent leur musique en profondeur et celle-ci attirerait les poissons qui viendraient alors s’y accrocher. une fois par semaine, les hameçons sont relevés. Parfait pour les poissons chats ou les silures blancs mais aussi les tilapia ou les carpes.
- la pêche à la ligne : la bonne vieille technique de pêche que l’on connait bien. Ici, les appâts sont faits de farine de manioc pétrie avec de l’eau pour obtenir une pâte.
- le filet magnan : de grands filets pendus tout droits dans les eaux sur une centaine de mètres environ et jusqu’à 1m20 de profondeur. On les place le soir et on les relève le matin, après que les poissons se sont pris dans les mailles.
- la nasse : on place des appâts à l’intérieur de ces petits paniers. Il n’y a plus qu’à attendre que les poissons s’y faufilent !
- la pêche à la crevette : elle se pratique à deux la nuit puisqu’il s’agit de marcher dans l’eau en tenant chacun l’extrémité d’un filet. Les crevettes s’y emprisonnent alors d’elles-même.
- la pêche à l’épervier : technique qui comporte deux façons de faire : l’épervier simple ou l’épervier au plongeon. La première technique consiste à lancer un filet qui se déploie dans les airs avant de retomber tout entier déployé dans l’eau. On attend deux ou trois minutes que les poissons sortent de la vase et viennent s’y emprisonner avant de remonter tout doucement le filet. Au plongeon, on envoie le filet pour stopper les poissons avant de sauter dans l’eau pour le ramener à la main.

Si ce n’est pas cette dernière technique que vous choisissez, optez quand même pour une tête dans l’eau fraîche. Les pêcheurs seront ravis de vous voir barboter au milieu d’eux et rien de tel pour se rafraichir que de profiter des eaux bienfaitrices du lac Ahémé. 

 

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