À Marrakech, un atelier pour s’initier à l’art du zellige

Babel Plans

Par Sabine Grandadam

Posté le 9 mars 2026

Les décorations en mosaïque qui enchantent les touristes au Maroc ont une longue histoire et reposent sur un savoir-faire qui se transmet à travers les générations. À Marrakech, un atelier permet de s’initier à l’art complexe du zellige.


Formes géométriques, envol d’arabesques… Des fontaines aux murs de hammam, des mosquées aux riads, une harmonie immédiate se dégage de ces ornements colorés qui font merveille partout au Maroc. Et le visiteur se prend à vouloir percer le secret de cet élément décoratif, le zellige, un petit carreau de céramique émaillé dont le nom en arabe signifie "petite pierre polie" et qui épouse si joliment l’identité marocaine.

Le zellige, un décor et un symbole spirituel

Il faut apprendre, toucher, se salir les mains pour faire naître le mystère de ce modeste carré d’argile. Au Xème siècle, la dynastie almoravide (1040-1147) commence à l’utiliser, en imitant l’ornementation romaine en terre cuite. Puis cet art évolue au fil des siècles, notamment avec les Mérinides, au XIVème siècle, qui apportent la couleur et des éléments géométriques et floraux.

Le zellige décore, illumine. Mais il a aussi une valeur spirituelle, ses motifs incarnant l’équilibre, l’unité et l’ordre divin. « Les motifs peuvent également être interprétés comme une représentation de la beauté et de la complexité de l’univers », explique une créatrice franco-marocaine, Salima Filali.

À Marrakech, les amoureux de cet art peuvent s’initier à la fabrication du zellige aux Ateliers d’ailleurs, qui depuis 2008 proposent, non pas une quelconque démonstration, encore moins une vidéo promotionnelle de bazar, mais « une véritable immersion dans le patrimoine marocain », comme l’explique Abderrazzak Houdzi, le maître des lieux.

Abderrazzak Houdzi dirige ces Ateliers d’ailleurs où il est possible de se former à la fabrication du zellige, mais aussi du tadelakt, un enduit de chaux et de poudre de marbre, à la poterie, aux métiers du cuir

Accompagné tout du long par un artisan, le ou la néophyte met la main à la pâte, au sens littéral, une motte d’argile brute qui provient des carrières de Fès, réputées depuis des siècles pour la pureté du matériau que l’on extrait.

« Notre projet ambitionne de valoriser les artisans alors qu’ils sont habituellement le maillon faible de la chaîne de valeur de notre artisanat, très prisé dans le monde, explique Abderrazzak, soulignant le niveau de vie « modeste » de ces professionnels, les maâlems, souvent illettrés et formés sur le tas. « Ils n’ont pas les compétences pour faire reconnaître leur savoir-faire à la hauteur de la tâche. »

Une affaire de famille dans les règles de l’art

Jeune homme, Abderrazzak a lui-même traîné ses savates dans un atelier, en tant qu’homme à tout faire, pour gagner quelques sous. L’État marocain a mis fin à cette pratique et créé des centres de formation professionnelle afin d’éviter le travail des enfants et de suivre l’évolution d’un artisanat marocain aujourd’hui revisité par des créateurs du monde entier, qui viennent d’ailleurs se former à Marrakech.

L’art du zellige demeure néanmoins, la plupart du temps, une affaire de famille attachée aux règles de base : de l’argile blanche de Fès, fine et solide, un pétrissage et un séchage au soleil, une première cuisson à 1000 degrés et l’émaillage… Au total, une quinzaine d’étapes se succèdent pour fabriquer une plaque de zellige. Ensuite, les découpes de formes - toujours géométriques - à l’aide d’un petit marteau évoquent un travail d’orfèvre, une compétence qui s’ajoute à celle du boulanger du début du processus, avec l’argile brute à pétrir. Patience et amour du métier sont des maîtres-mots pour faire éclore ces petits carrés colorés.

Dans les Ateliers d’ailleurs, les stagiaires sont conquis. « Ce stage m’a vraiment permis de comprendre le travail du zellige et je ne regarderai plus jamais une table ou un autre élément avec le regard d’avant », témoigne une participante.

Bien souvent, les visiteurs étrangers ont peu de relations extra-commerciales avec les Marocains lors d’un séjour. « Or, ce qui fait tout le charme de cette expérience, c’est que les stagiaires sont accueillis comme chez eux, dans un environnement authentique. Une véritable transmission a lieu grâce à la connexion avec l’artisan qui enseigne. », constate Abderrazzak.

De retour en France, on peut s’offrir un moment de nostalgie en allant contempler, au jardin de la mosquée de Paris, la fontaine en zelliges de Fès. En songeant aux artistes de là-bas qui y ont travaillé des semaines entières, pour créer de la beauté pure.

Ateliers d'ailleurs

Des ateliers d'artisanat pour s'initier à l'art du zellige, du tadelakt, à la poterie, la maroquinerie, le travail du bois, du cuir ou du métal, la vannerie, la broderie ou encore la cuisine et la calligraphie. Une véritable transmission auprès d'artisans marocains de talent.

Coordonnées

00 212 (0)6 62 16 60 26 / 00212(0)6 72 81 20 46

[email protected]

https://www.ateliersdailleurs.com/

Marrakech, MA