Girardville, Québec, Canada

Gilles Granal

L'homme qui murmurait à l'oreille des loups du Canada

Passionné par les loups et le Grand Nord canadien, Gilles Granal est le guide sportif idéal pour vous faire découvrir sa région en canot ou en traineaux à chiens en fonction de la saison et vous faire définitivement changer d'avis sur la réputation du grand méchant loup...

L'homme qui murmure à l'oreille des loups, voilà un surnom qui sied comme un gant à Gilles Granal, 53 ans, Français originaire du Sud de l'Hexagone qui a quitté sa région natale il y a près de 20 ans de cela pour venir s'installer avec femme et enfants à l'orée de la forêt boréale canadienne, Girardvillle, Québec.

Lui et son équipe gèrent Aventuraid, une base d'écotourisme qui fonctionne à plein régime été comme hiver, ainsi qu'un parc à loups où trois meutes vivent en semi-liberté et où il est possible de les approcher de très près pour mieux les appréhender, au point de passer la nuit à leurs côtés.

À l'image de ses loups, Gilles est intimidant de prime abord : grand, muscles saillants, mâchoire carrée, le cheveu long, le visage buriné par trop de temps passé au grand air. Pourtant, quand on apprend à le connaître, il s'avère être un homme doux, passionné par la nature et possédant une belle philosophie de vie. La mission dont il s'est imprégné au fil des années ? Prouver que tout comme lui, les loups ne sont pas ce qu'ils laissent paraitre et surtout pas ces vilaines bêtes à la réputation monstrueuse qui leur colle à tort à la fourrure. Bienvenue au parc Mahikan, un endroit comme Babel Voyages les aime tant.

- Gilles, peux-tu nous résumer le parcours qui t'a fait arriver jusqu'ici ?

Nous sommes ici depuis 20 ans maintenant. De formation, je suis prof d'EPS, j'ai des diplômes de boxe, de canot, de kayak, d'aviron, de culture physique et j'ai toujours organisé des séjours aventure, au début par plaisir, mais ensuite, j'ai décidé de faire ça à plein temps. Comme on avait déjà fait pas mal d'expéditions personnelles au Québec ma femme et moi, on a décidé de transférer l'activité ici et de venir faire des activités d'aventure et d'écotourisme dans la région. À Girardville car le bout de rivière que l'on a descendu hier, on l'a fait au complet il y a un peu plus de 25 ans. On avait apprécié le coin, fait une première expédition, puis une 2e, une 3e et finalement, on s'est installé là.

- Tu as l'air d'être un personnage fort, avec une philosophie de vie en adéquation avec la faune et la nature en général, peux-tu nous en parler ?

Eh bien pas au point d'avoir des dogmes mais c'est vrai que si l'on a choisi de faire des activités d'écotourisme et de venir vivre ici, c'est pour le mode de vie que cela implique. Il n'y a aucune règle ici. La seule obligation, c'est d'avoir un échange, un respect commun avec les loups, les chiens, la nature de manière générale. Je crois aussi que dès l'instant où tu vis quelque part, quelque soit le pays, tu dois avoir un intérêt pour ce qui s'y passe, ce qui s'y est passé, la manière dont les gens vivent et fonctionnent. Dans nos activités, on s'efforce ainsi de faire connaître et de partager la culture des Amérindiens.

Considères-tu qu'Aventuraid soit un projet écotouristique ?

*On ne se pose pas la question en fait. On fonctionne comme il nous parait naturel de fonctionner. En 2012, nous avons reçu le premier prix d'Aventure Écotourisme Québec. Ce n'est pas quelque chose que nous avons cherché mais l'association nous l'a décerné car elle connait notre travail. L'écotourisme pour nous, c'est d'abord un vrai plaisir à faire l'activité. C'est aussi une manière de découvrir l'environnement dans lequel on se trouve et puis cela implique aussi la façon de le faire et là, le phénomène sans trace a toute son importance, que ce soit pour la gestion des déchets, du bois ou autre. Il faut être dans le respect de l'environnement où l'on se trouve et partager ces valeurs et ces notions. Si on fait un feu, ok, mais il y a des manières de le faire. Avec nos écolodges aussi, on peut parler de tourisme durable : en plus du fait qu'ils sont construits avec des matériaux biodégradables, ce qui était important pour nous c'est qu'ils fassent vivre les commerces locaux grâce aux produits que l'on y sert, qu'ils nous impliquent auprès de la communauté locale. Tout ce qu'on fait s'inscrit dans ce cadre là.*

Parle-nous de la sensibilisation des loups sur laquelle tu travailles grâce au parc Mahikan.

Au départ, le projet était de démystifier le loup et de le faire connaitre au grand public. On s'est rendu compte que si nos loups étaient bien, avec énormément d'espace comme à l'état de nature, et un comportement très proche de celui à l'état sauvage, l'impact auprès du public était encore plus fort. C'est ça qui importe et non pas forcément qu'ils soient proches de nous, on n'est pas au zoo. Je conseille vraiment de passer la nuit dans le parc à leurs côtés pour les voir plus, passer du temps auprès d'eux… Et pour ceux qui vont bénéficier de l'activité contact (Gilles vous fait pénétrer dans un des enclos et vous fait passer un moment de partage avec les loups, ndlr), ça apporte encore une dimension supplémentaire à l'échange avec l'animal. Au premier abord, on les devine dans la forêt et puis petit à petit, les loups s'approchent et là l'impact est très important, bien plus que toutes les explications que l'on peut donner car le visiteur a l'impression de tisser une relation avec le loup.

Tu as des bons retours de la part des visiteurs ?

Très bons, notamment de la part des personnes qui viennent dormir chez nous. On voit vraiment le changement chez eux. On l'entend dans leur discours. Le loup est un animal qui passionne et là, après une nuit passée à ses côtés, on entend spontanément dire "je n'avais jamais vécu ça", "je n'aurais pas pensé ça"…

Tu n'as pas peur des dérives que pourraient engendrer l'activité contact aux côtés des loups imprégnés ?

C'est de la peur première car ce n'est pas une activité programmée. On n'a pas imprégné des loups pour faire cette activité, on fait cette activité parce qu'on s'est aperçu que nos loups imprégnés avaient envie d'être en contact avec l'homme. Et puis ce sont eux qui décident, on fait cette activité quand ils en ont envie. On ne fait d'ailleurs aucune publicité autour. Régulièrement, des personnes qui ont entendu parler du parc nous contactent pour nous demander s'ils pourront toucher les loups s'ils viennent. D'expérience, on sait que c'est oui généralement mais on répond toujours qu'on ne peut rien garantir et que l'activité dépendra de la manière dont se passe la visite. On a beau avoir réservé l'activité parce que je suis disponible ce jour-là, c'est bien précisé chaque fois que l'activité ne se fera *peut-être pas. C'est à la fois en fonction du comportement des loups parce que le but de l'activité est d'avoir une expérience positive donc si on s'aperçoit qu'un jour les loups ont un comportement différent, on ne le fait pas. Et cette réserve nous permet surtout de voir comment se comporte les personnes avant l'activité et de dire "non, là elle ne se fait pas". C'est une manière de protéger à la fois les personnes et les loups. Donc grâce à cette exigence, je pense qu'on se met à l'abri des dérives.*

Nous livrerais-tu un coin secret que tu affectionnes tout particulièrement dans la région ?

Il y en a plusieurs, ça varie en fonction des saisons… À la belle époque, j'adore la 11e chute sur la rivière Mistassini. On y vient régulièrement jouer avec les canots en été. L'hiver, ce serait les Monts Groulx, une région a environ 800 km d'ici ou l'on se rend en chien de traineaux. C'est un endroit assez magique...