Culture

Apart Together, chants d'amour à Shanghai

By Laure Croiset

Posté le 6 mars 2012

C’est sur fond de relative détente entre Taïwan et la Chine, que Wang Quan’An tisse le récit des retrouvailles entre Qiao Yu’e et Liu, cinquante ans après leur séparation, dans son nouveau film, "Apart Together". Sensible et mélancolique.


En arrière-plan de Apart together, on retrouve quatre décennies de tensions politiques entre les frères ennemis chinois.

En 1949, l’armée du Kuomintang, le parti nationaliste chinois, est contrainte de se réfugier sur l’île de Taiwan devant l’avancée des troupes communistes. Le général Tchang Kai-chek prend alors les commandes de la "République de Chine" et refuse de proclamer l’indépendance de Taiwan. En face, c’est la République populaire de Chine qu’instaure le régime de Mao, considérant Taiwan comme sa 21e province. Pour Taiwan, c’est le "statu quo" et suivent de fortes tensions militaires et diplomatiques. Puis viennent les années 2000 et le temps de la détente politique, qui fera suite à un renforcement des liens économiques entre la Chine et Taiwan.

C’est dans ce contexte politique sensible que prend racine le drame de Wang Quan’An, Apart Together. Après Le Mariage de Tuya et La Tisseuse, il s’engage sur un terrain politique en douceur, sans faire de vagues, et libère la parole au gré de scènes de table.

Mais c’est sans aucun doute ce "ménage à trois" qui retiendra l’attention du spectateur. Liu, qui avait délaissé sa jeune femme, Qiao Yu’e, alors enceinte de leur enfant cinquante ans plus tôt pour s’installer à Taiwan, retrouve la femme qu’il a aimée jadis, entourée de son nouveau mari et de ses enfants. Désormais veuf, le vieil homme tente le tout pour le tout en demandant à Qiao Yu’e de laisser sa vie à Shanghai pour vivre à ses côtés à Taiwan. De là naît un choix impossible pour cette femme, tiraillée entre son devoir et son amour de jeunesse et c’est ensemble, autour d’une table, que la famille prendra part à cette décision, chacun y allant de son opinion.

Wang Qan’an, par l’usage de longs plans fixes, et sans aucune fioriture, laisse place au débat, tacle au passage la stupidité de l’administration chinoise et s’arme de sa sensibilité pour teinter ce sujet délicat d’une universalité bienveillante.

Si au final, les retrouvailles seront difficiles, voire impossibles, teintées d’incompréhension et d’obstacles majeurs, c’est ensemble qu’ils se plairont à unir leurs âmes autour de chants populaires d’un autre temps... Charmant.