Culture

"Bonobos", la raison de vivre de Claudine André

By Laetitia Santos

Posté le 30 mars 2011

64 ans, une tignasse de feu, un tempérament vif et déterminé, un engagement et une douceur à toute épreuve, telle est Claudine André, femme d’exception. On la découvre aujourd’hui avec "Bonobos", ce film qui nous plonge en pleine jungle congolaise dans le sanctuaire de Lola Ya Bonobo.


"Lola Ya Bonobo", qui signifie "le paradis des Bonobos" est un sanctuaire de 35 hectares en République démocratique du Congo, non loin de la capitale, acquis par Claudine André en 2001 pour y accueillir ses petits protégés, des bonobos que la vie a malmenés. Lorsqu’elle a croisé le regard de l’un d’entre eux pour la première fois au zoo de Kinshasa, le coeur de Claudine s’est serré et une vocation en elle est née. Depuis, elle ne vit que pour sauver cette espèce endémique au pays et alerter l’opinion mondiale sur leur sort. Et c’est grâce à Bonobos, la fiction réalisée par Alain Tixier, que l’on découvre aujourd’hui cette femme surprenante et le combat qui l’anime avec tant de passion.

Bonobos, un film nécessaire

Pour nous plonger dans le quotidien de Claudine, le reporter d’Ushuaïa Nature a opté pour un docu-fiction dans lequel le spectateur est invité à se glisser dans la peau de Beni, un bonobo orphelin que Claudine va sauver en lui redonnant goût à la vie au coeur de son parc où les primates les plus proches de l’Homme (nous partageons les mêmes gênes à 98,7%) sont rois et n’ont plus ni faim, ni soif, ni peur.

Au coeur d’une végétation luxuriante, évoluent ainsi des dizaines et des dizaines de bonobos, des "mamans de substitution" en les personnes d’Henriette, Yvonne ou Espérance, des soigneurs experts, des chats qui font le dos rond à l’approche des primates trop remuants, des groupes d’enfants venus se sensibiliser à l’animal que "les gens, là-bas, mangent comme nous le lapin de garenne."

Ainsi est-il urgent de faire savoir au plus grand nombre que le bonobo n’est pas une espèce comme une autre : doté d’une très grande intelligence, il est capable d’un plus grand intellect qu’un enfant de 6 ans au même âge si on le stimule tout au long de son développement. Et surtout, son minois est si expressif qu’il est possible de partager avec lui une très large palette d’émotions.

Si un bébé est séparé de sa mère, il se laissera mourir. Excepté à Lola où Claudine leur offre des mamans de rechange, des employées en chair et en os payées pour donner tout leur amour aux bonobos et ce à tout moment de la journée : biberon, bain, jeux, berceuse, tout est fait pour que les plus sensibles retrouvent le gout de vivre et ne se laissent pas dépérir. Une fois que le singe a repris du poil de la bête, il se montre tour à tour espiègle, peureux, câlin, farceur, enquiquineur, malin... Un vrai gamin ! Comment alors ne pas s’enticher d’eux ?

On regrettera toutefois le parti pris infantilisant distillé tout au long de la pellicule par la voix off censée humanisé Beni. Le résultat rabaisse le propos, le texte est creux la plupart du temps et Tixier aurait mieux fait de laisser les images parler d’elles-même. Au moins, les plus jeunes devraient se sentir concernés.

Claudine André, l’âme de Lola Ya Bonobo

Elle a 64 ans, a toujours vécu en Afrique, est mariée à un métis italo-tutsi, son "Obama" à elle comme elle le surnomme, qui lui a donné cinq enfants et huit petits-enfants, est passionnée d’anthropologie et de photographie et a toujours un ambitieux projet en tête qui suivra forcément celui dernièrement concrétisé tant Claudine André a de l’énergie à revendre !

Et son combat pour les bonobos va bien au-delà de la simple sauvegarde de l’espèce : Claudine a en effet opté pour la conservation intégrée, comprenez qu’elle emploie les populations alentours au sanctuaire, commande des tonnes de fruits aux agriculteurs voisins, sensibilise la population congolaise au trésor national que représente pour eux le bonobo, éduque les enfants à l’amour de la faune et forme des pisteurs qui auront pour mission de veiller aux primates une fois relâchés dans leur environnement naturel.

Ah oui, on en aurait presque oublié l’action principale du film tant la personnalité de Claudine brasse mille et un combats : confrontée à une surpopulation de bonobos à Lola, elle a décidé de relever un nouveau défi, rendre leur pleine liberté à quelques-uns de ses protégés. Et autant vous dire que ce n’était pas gagné ! Mais rien ne fait peur à Claudine quand il s’agit de défendre une noble cause et après avoir remonté ses manches et épongé son front de toute la moiteur congolaise, elle a entrepris jour après jour de préparer les plus futés de ses pensionnaires. Elle les a ainsi confrontés aux différents dangers qu’ils seront susceptibles de rencontrer à l’état sauvage : les fauves, les serpents, l’eau, est partie en pleine jungle dans le nord du pays afin de trouver le terrain d’accueil adéquate où relâcher Beni et son groupe, s’est assurée que les villages aux alentours d’Ekolo Ya Bonobo respecteraient l’animal et ne le mangeraient pas, a convaincu les scientifiques de ce relâché, premier du nom dans l’histoire. Le résultat ? Concluant comme tout ce qu’entreprend Claudine. Tant et si bien qu’il n’est que le premier d’une longue série... "La réintroduction est une réussite mais je sais qu’on ne peut pas faire de conservation sans éducation ou travail social. En échange de leur coopération, on soutient des écoles, des associations de pêcheurs ou d’agriculteurs. La biodiversité, c’est un tout."

Et puisque Babel est totalement tombé sous le charme de cette forte personnalité, on vous propose dès ce week-end de retrouver un entretien exclusif avec Claudine André qui nous parlera bonobos bien évidemment mais aussi tourisme au Congo. A ne pas manquer !