Ditsöwöu Lodge : au pays de la déesse cacao

Babel Plans

Par Sabine Grandadam

Posté le 7 septembre 2026

Photo Sources: DR.

La réserve indienne de Talamanca, domaine des Bribris, s’étend dans la région caribéenne du Costa Rica, entre montagnes et rivières, sous un climat tropical. Un territoire riche en ressources naturelles, et réputé pour son cacao de haute qualité. Mais la vie dans la réserve reste fruste.


À l’abri du soleil dans la maison de Danilo, les mèches de cheveux du jeune homme tombent avec légèreté sur le sol. Après des heures de marche à travers la montagne pour arriver jusqu’au village de Bambú, chez les Bribris, la séance de coiffure semble comme une libération pour le frêle garçon qui ne dira jamais son nom. Depuis son lointain hameau des cimes, il fait régulièrement le trajet jusqu’à Bambú, chargé d’un lourd ballot de bananes à vendre, et dort en route au cœur de la forêt tropicale. Il lui faut trois jours pour descendre…

Par conséquent, le “lodge“ Ditsowou Ú de Danilo et sa famille apparaît comme un havre confortable, avec ses solives de bois protégées par un épais toit de chaume, et ses espaces ouverts aux quatre vents, sans murs, qui offrent une vue bucolique sur la rivière Telire en contrebas, derrière un rideau d’arbres luxuriants. Une pirogue à moteur fait s’envoler une grue absorbée par sa pêche. De la maison s’élève un fumet de banane plantain rissolée et de café.

Talamanca, terre fertile et pauvreté

Dans cette réserve indienne de Talamanca, dans la région caribéenne du Costa Rica, également frontalière avec le Panama, ils sont quelques-uns à accueillir des étrangers pour une immersion dans le quotidien et la culture de leur ethnie.

Danilo, le père, et ses fils Beto et Danni Layan tiennent une maisonnée où vont et viennent amis, voisins, membres de la famille, comme si cette demeure était au centre des activités de la communauté. C’est que Danilo est un personnage, un leader qui ne mâche pas ses mots et se démène pour son peuple.

Les Indiens Bribri et Cabécar, l’ethnie isolée des montagnes, comptent environ 15 700 âmes dans la réserve. Si la terre est généreuse, donnant à foison bananes et cacao, les bourses sont bien vides.

"Nous avons des ressources naturelles, mais nous sommes pauvres, explique Danilo. Les négociants qui viennent acheter bananes et cacao imposent un prix ridicule aux producteurs. Et nos représentants ne font rien à cause des enjeux politiques dans lesquels ils sont impliqués."

Le cacao, un produit sacré chez les Bribri

L’amertume est d’autant plus forte que pour les Bribris, le cacao n’est pas seulement un produit : il est sacré et constitue le pilier de la cosmogonie de ce peuple. “Le cacao est bien plus qu’un aliment, c’est un lien sacré qui relie la communauté à ses ancêtres et à l'esprit de la terre“, explique Danny.

Les plantations sont principalement l'œuvre des femmes, qui cultivent un cacao bio en veillant à éliminer tout fruit atteint par la maladie du cacaoyer, qui a causé des ravages dans la région. Les cacaoyers du Costa Rica ont été touchés par la moniliasis, une maladie causée para un champignon qui a dévasté les récoltes - 80% de la production perdue - au début des années 1980. Après cette catastrophe, la culture du cacao avait fortement décliné dans le pays. Aujourd’hui, les producteurs travaillent d’arrache-pied avec de nouvelles espèces, et des techniques simples mais essentielles pour éviter le champignon, comme par exemple, d’enterrer toute feuille abîmée. Et depuis 2015, le cacao est reconnu comme patrimoine national du Costa Rica et s’enorgueillit même de sa “journée du cacao“, le 4 juillet.

Rubén, un proche de la famille, embarque les hôtes en pirogue pour découvrir la culture indigène ancestrale autour du cacao dans le village d’Amubri où officie un chaman dans une hutte cérémonielle peuplée de fétiches, animaux sauvages empaillés et amulettes de toutes sortes.

Selon les dires, le chaman aurait été averti par les esprits qu’une catastrophe - le Covid - allait s’abattre sur l’humanité.

Au quotidien, ce sont les femmes qui sont gardiennes du cacao, “Tsuru“. Dans la mythologie bribri, le cacao est un être vivant et sacré, et la préparation du cacao est chargée d’une signification spirituelle, dévolue aux femmes. Au village d’Amubri, la boisson offerte par la maîtresse de maison est âcre, épaisse et non sucrée.

Bien loin des délicats chocolats que connaît l’Occident, et pourtant, le breuvage est un délice chargé de puissants arômes qui se prolongent en bouche. Désormais, les Bribris ne veulent plus manquer l’occasion de faire connaître aux gourmets la qualité exceptionnelle de leur cacao enfin ressuscité, même si créer des filières complètes de la production à la transformation en pâte de cacao reste pour eux un chemin semé d’embûches.

POUR ALLER PLUS LOIN :

Le lodge Ditsowou : https://www.ditsowou.com/fr

Une ferme de cacao durable : https://norticofarm.com/es

Pour apprendre à fabriquer du chocolat et séjourner dans une ferme de cacao : https://finca-amistad.com/fr/

Une agence de tourisme durable au Costa Rica :
https://morphocostarica.com/fr_fr/