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Emmanuel Kasarhérou : le Kanak devenu conservateur du Quai Branly

By Laetitia Santos

Posté le 5 juin 2020

Photo Sources: Thibaut Chapotot.

Il est l’ancien directeur du Centre culturel Tjibaou de Nouméa et a pris ses nouvelles fonctions à Paris le 27 mai dernier. Emmanuel Kasarhérou vient d’être nommé président du musée du Quai Branly - Jacques Chirac et succède ainsi à Stéphane Martin, qui dirigeait un de nos musées coup de cœur à Paris depuis son inauguration en 1998.


Il est né en 1960 à Nouméa d’un père Kanak et d’une mère métropolitaine, se passionne pour la préhistoire mais surtout, il est une figure de la lutte du peuple autochtone Kanak. En 1985, il prend la tête du musée de Nouvelle-Calédonie à Nouméa, alors que la guerre civile fait rage. Vingt ans plus tard, on lui confie la direction du centre culturel Tjibaou, hommage à Jean-Marie Tjibaou, fondateur du Front de Libération Nationale Kanak et Socialiste, assassiné en 89. C’est Mitterrand qui avait inauguré le centre en 1998, marquant ainsi un geste politique et culturel fort avec cet important centre culturel océanien.

Dans cette continuité, la nomination d’Emmanuel Kasarhérou en Conseil des ministres s’inscrit dans la politique de réconciliation de l’Élysée, alors même que le 6 septembre prochain est prévu un référendum sur l’indépendance de la Nouvelle-Calédonie.

En 2011, le musée du Quai Branly avait organisé la plus grande exposition jamais portée sur la culture Kanak, une exposition rendue possible grâce à la passion et à la volonté d’Emmanuel Kasarhérou, et nourrie par trente années de recherches.

L’homme était ensuite passé responsable de la coordination scientifique du Quai Branly en 2014 et possédait donc déjà un pied dans ce haut-lieu pour le dialogue des cultures à cheval entre Afrique, Asie et Océanie.

« *Je souhaite que le musée se colorise, nous sommes trop blancs ! *» avait déclaré Stéphane Martin en pleine préparation de sa succession. Si la présidence du magnifique musée spécialiste des cultures non occidentales reste donc française, elle marque une volonté de la métropole d'apaiser l’Histoire alors que le processus de décolonisation de l’accord de Nouméa suit son cours et devrait conduire à la fin de la tutelle française en Nouvelle-Calédonie. Et elle permet à Emmanuel Kasarhérou, partisan d’une identité partagée, de devenir le premier Kanak à la tête d’un grand musée hexagonal.

**Réouverture du Quai Branly prévue dès ce mardi 9 juin 2020. **