Interview

Explore le Monde : "Peu de gens ont conscience des maux qui pèsent sur les peuples du monde"

By Laetitia Santos

Posté le 10 août 2020

Maryne et Jules, ce sont les blogueurs derrière l'url Explore le Monde. Bienveillants, engagés, et toujours plein de nouveaux projets, ils seront les invités de la 6ème édition du No Mad Fest où ils présenteront en exclusivité le tout premier épisode de leur web-série, Autochtones. L'occasion pour nous d'échanger avec eux sur les peuples premiers de notre monde, mais aussi sur leur artisanat, qui fait tout particulièrement battre le coeur de la pétillante Maryne...


Racontez-nous comment est née la série Autochtones. D’où vient l’envie et comment s’est-elle concrétisée ?

Chacun de nos voyages est rythmé par les rencontres, la découverte de la culture, de l'histoire du pays et de ses habitants et pour nous en imprégner, nous aimons aller à la rencontre de communautés qui ont conservé leurs traditions ancestrales, leurs coutumes. Au gré des différentes immersions, nous avons pris conscience que beaucoup de ces peuples sont menacés par de nombreux facteurs. Pourtant, ils sont bien souvent les garants de l'équilibre de leur écosystème.

Votre ambition profonde avec cette web-série, quelle est-elle ?

Si aujourd'hui le sujet de la menace de la déforestation pour de nombreux peuples est mis en lumière par les médias et les nombreuses images tristement célèbres, peu de gens ont conscience des autres maux qui pèsent. On pense notamment au tourisme de masse, au réchauffement des océans et de la planète plus largement, aux expropriations ou aux stigmatisations et tentatives de corruption. Alors pour cette web-série, nous souhaitons nous rendre aux quatre coins du monde, rencontrer différentes communautés aux modes de vie opposés, de par leur environnement (désert, jungle, glace, océans, villes, etc) et/ou leur structure sociale. Si nous aborderons évidemment les menaces qu'ils subissent, nous souhaitons aussi valoriser leur culture, leurs traditions, leur façon de voir la vie. Et montrer comment ils font face à ces menaces et les solutions trouvées s'il y en a.

Le premier peuple que l’on rencontre au travers de cette web-série, ce sont les Kuria de Tanzanie. Que gardez-vous tout particulièrement d’eux ?

Au-delà de leur ouverture à un tourisme mesuré, équitable et solidaire qui leur a permis de concilier développement économique, social et environnemental de façon admirable, nous avons été marqués par l'importance de la communauté par rapport à l'individu. Dans ce village, et même plus largement dans la tribu, l'individu peut très vite être rejeté s'il n'agit pas dans le sens de la communauté et les lois tribales sont là pour appuyer en ce sens. Chacun des acteurs rencontrés, quelle que soit la problématique, s'en remet systématiquement à l'équilibre de la communauté.

Les prochains peuples visités, quels seront-ils ? Comment décidez-vous ?

La situation un peu partout dans le monde nous a stoppés en plein élan ! Mais nous espérons repartir en tournage d'ici la fin de l'année ou début 2021. Nous avons déjà quelques pistes de sujets intéressants en Amérique latine, en Asie, en Océanie, en Afrique et en Europe. Les critères de choix sont nombreux : le sujet lié bien souvent à la menace qui pèse sur la communauté, la diversité culturelle et la structure sociale qui varient des précédents tournages mais surtout la volonté de la communauté de nous accueillir quelques jours et de faire passer son message. Chaque film est d'ailleurs validé en tout premier lieu par le village ou un de ses membres.

En parallèle, votre blog ne cesse de se développer, tout comme les destinations abordées dessus, on vous voit évoluer vous aussi en même temps, humainement et en compétences… Quel bilan faites-vous depuis les débuts d’Explore le Monde ? Quelques mots sur cette progression, le chemin parcouru, ce qui vous rend particulièrement fiers et ce qu’il reste encore à accomplir ?

Explore le monde, c'est une aventure formidable qui s'est révélée à nous. Autant sur le plan personnel que professionnel, en effet. Jamais nous n'aurions imaginé vivre de telles aventures, faire de telles rencontres... Le blog est avant tout un carnet d'aventures et de conseils pour les futurs voyageurs mais à travers lui, nous avons aussi eu accès à des missions que nous n'imaginions pas forcément au début comme la participation à des conférences ou aux réflexions stratégiques de certains acteurs. Le fait d'avoir des prestataires avec des besoins précis et variés fait que chaque reportage est complètement différent et excitant. En 2019, une nouvelle opportunité s'est offerte à nous avec la rédaction du premier guide monde sur le tourisme durable, encore une casquette que nous n'aurions jamais imaginé porter ! Quant à notre plus grande fierté, c'est sans aucun doute les échanges que nous avons avec nos lecteurs, nos abonnés... Notre réussite à les sensibiliser sur des comportements, des activités ou encore des produits. Toutes ces réactions et cette motivation régulière fait que nous avons plus que tout envie de continuer à partager nos aventures aux 4 coins du globe.

Et puis Maryne, tu as donc lancé Atelier Moea il y a quelques mois. Raconte-nous l’origine de cette autre aventure, qui a trait à l’artisanat celle-là...

Oui ! Une nouvelle aventure et un rêve de petite fille qui s'est accompli ! Pour la petite histoire, depuis toute petite, je raffole de cet accessoire qu'est le headband. Pendant nos différents voyages, je prends toujours plaisir à partir échanger avec les artisans rencontrés en chemin. Lors de notre dernier voyage en Inde, alors que nous étions dans un petit atelier de tissus avec Jules, je lui ai lancé l'idée (juste pour rigoler) de créer les headbands du monde ... Une année plus tard, après réflexion, je décidais de lancer Atelier Moea !

Tu nous confies quelques secrets liés à l’histoire de ces headbands, de leurs tissus, leur provenance… ?

Atelier Moea est avant tout une question de rencontres, notre leitmotiv en voyage ! Bien que la marque ait été pensée pour tous les amoureux de tissus comme moi, j'avais à coeur de raconter des histoires derrière chaque headband. Alors je profite de mes voyages pour chiner des pièces dans des petites coopératives artisanales locales, tout en veillant à la provenance des tissus, le tout, à un prix équitable.

Le headband Moshi Mama, par exemple, est issu d'une coopérative tanzanienne tenue par quatre wonderwomen ayant décidé de créer leur petit atelier faute de pouvoir accéder à l'éducation. Elles y développent leur créativité et créent des pièces superbes !

Je pense aussi à Mama Happy, une adorable tanzanienne qui tient son petit atelier dans le village d'Endallah et avec qui j'ai créé de vrais liens pendant mes deux voyages en Tanzanie.

Sénégal, Tanzanie, Mongolie, Inde, Guadeloupe... On porte les couleurs du monde avec Atelier Moea !

Où souhaites-tu emmener cette marque et plus largement, où souhaitez-vous arriver avec Explore le Monde ?

L'idée de développer Atelier Moea me plait énormément, toujours dans une démarche éthique et solidaire (au-delà de la création éthique, sur chaque headband vendu, 1€ est reversé à une association). Je travaille d'ores et déjà sur le lancement de nouveaux produits (lingettes, noeuds papillon, pochettes), et je suis en plein aménagement de mon futur atelier que j'ai hâte de présenter !

Concernant Explore le Monde, c'est difficile à dire car il y a 2-3 ans, nous n'imaginions pas écrire un livre, ni même partir avec des abonnés à l'autre bout du monde pour leur montrer ce qu'est le tourisme équitable et solidaire ou encore participer à des conférences ! Ce qui compte à nos yeux, c'est surtout de continuer à inciter les voyageurs à mieux voyager en utilisant le plus de canaux différents.

Les prochains projets, quels sont-ils ?

Suite à l'avant-première d'Autochtones au No Mad Festival, nous allons certainement partir en tournée en France pour continuer de diffuser la web-série, participer à des conférences pour aborder le sujet du tourisme durable et donc forcément de notre guide écrit avec Viatao. Ce sera aussi l'occasion de continuer à découvrir notre pays !

Les prochains tournages d'Autochtones vont aussi faire partie de notre agenda et puis si tout se passe bien, nous devrions même retourner dans le village de Nyamburi où a été tourné ce premier épisode ! Le film a été validé par un des membres de la communauté mais nous tenons à venir le présenter à l'ensemble du village, ce qui devrait être un grand moment...

Quelques mots sur votre participation au prochain No Mad ?

Notre dernière venue remonte à deux ans déjà, nous avons hâte de revenir sur les quais de Cergy-Pontoise pour découvrir tous les films de l'année, les expositions et rencontrer les intervenants et le public ! C'est aussi une super occasion de casser la barre du virtuel avec les personnes qui ont l'habitude de nous suivre sur les réseaux sociaux et le blog pour les voir enfin en chair et en os...