Interview

Frédéric Michalak nous raconte son aventure chez les Lolo Noirs

By Laetitia Santos

Posté le 31 octobre 2011

Star du rugby français, Frédéric Michalak est le prochain invité de Frédéric Lopez pour son émission "Rendez-vous en terre inconnue" qui a été tournée au Vietnam au sein d'une tribu Lolo noirs. Curieux de savoir comment il avait vécu cette expérience, on a décroché notre téléphone et appelé l'Afrique du Sud où le sportif joue désormais chez les Sharks.


Frédéric Lopez vous a conduit jusqu’au Vietnam pour son dernier numéro de Rendez-vous en Terre Inconnue et vous avez vécu au sein d’une tribu Lolo pendant quelques jours. C’est une des plus petites ethnies du pays et on les connaît assez mal chez nous, comment avez-vous été reçu ?

"J’ai été très bien accueilli, ces gens sont d’une incroyable gentillesse, ça fait longtemps que je n’avais pas vu autant de sourires au mètre carré ! On était dans la région de Kao-Bang au nord du Vietnam près de la frontière chinoise, c’est un endroit que je ne connaissais pas et j’en ai pris plein la vue, autant avec les rizières et les beaux paysages qu’avec leurs incroyables sourires."

Qu’est-ce qui vous a le plus étonné durant votre séjour là-bas ?

"Leur façon de s’entraider, de partager les tâches entre hommes et femmes au quotidien. Au sein du village également, ils ne laissent personne de côté, tout le monde travaille ensemble et c’est une vraie communion."

On ressent effectivement cette solidarité tout le long de l’émission et je me demandais s’il y avait d’autres valeurs qui vous avaient touché et surpris, des valeurs que notre vie citadine nous aurait fait perdre et que vous avez retrouvé là-bas...

"Il y en a beaucoup. Je pense en premier au fait qu’ils ont un vrai respect pour les anciens. L’ancien tient vraiment une place importante dans la communauté et il est accompagné jusqu’au bout de sa vie. Je trouve ça beau. C’est vrai que c’est quelque chose qui a tendance à changer chez nous, on laisse nos vieux dans des maisons de retraite aujourd’hui... Ils ont plein d’autres valeurs comme celle-là. Ce qui m’a vraiment surpris aussi c’est de voir les hommes garder les enfants et les femmes travailler dans les rizières. Ce n’est pas forcément dans ce sens là que ça marche chez nous alors ça a un côté surprenant. C’est fait d’une manière très simple : ils se choisissent entre eux, non pas pour des questions de beauté mais pour le travail. Quand quelqu’un travaille bien, on a envie de le marier... Les hommes s’occupent des enfants, nourrissent toutes les bêtes très tôt, puis les sortent, les boeufs notamment. Le travail à la maison est colossal et ils démarrent vers 4h du matin. Du coup, les femmes sont plus à l’aise dans les rizières. J’ai trouvé ça assez beau ces hommes qui savent tout faire, qui sont nounous et bossent aussi dans les champs."

Aujourd’hui, un des gros enjeux pour une tribu ancestrale est de conserver son authenticité et se préserver du monde moderne pour ne pas y être happé. Est-ce qu’une menace de ce genre pèse sur les Lolo selon vous à l’heure actuelle et si oui, laquelle ?

"Je pense aux changements climatiques qui bouleversent le monde aujourd’hui car les Lolo vont devoir eux aussi s’adapter pour y faire face. Etant donné qu’ils ont besoin de beaucoup d’eau pour irriguer les rizières, peut-être devraient-ils réfléchir à une manière d’économiser l’eau. Ils vont certainement devoir trouver de nouvelles ressources à l’avenir pour continuer à exister..."

On les voit grimper la montagne en claquettes pendant que vous, vous soufflez derrière, on apprend qu’ils travaillent de 5h le matin jusqu’à 7h le soir... Même pour vous, sportif de haut niveau, cette vie semble physique et difficile alors qu’est-ce que ça doit être !

"On dirait qu’ils ont un physique fait pour ça ! Ils sont petits et très musclés. Les paysages sont magnifiques mais quoi que l’on fasse, il faut monter et descendre. Pour ma part, ça a été très dur au début car il y a toujours un effort à fournir. Il faut être un Lolo pour vivre dans ces conditions là. J’ai mis quelques jours à m’y adapter mais après, je me sentais mieux. Enfin j’ai quand même perdu 7 kilos et j’y ai laissé quelques plumes (rires) !"

Si vous deviez ne garder qu’un seul beau souvenir, lequel serait-ce ?

"Il y en a trop ! J’ai rencontré des personnes fantastiques, qui m’ont accueilli chez elles, j’entends encore le rire des enfants, je vois les costumes lolo qui sont magnifiques, leur façon de les tisser... J’ai appris beaucoup de choses. Mais c’est vraiment leurs sourires et leur gentillesse qui m’ont frappé."

Vous conseilleriez donc à des voyageurs en partance pour le Vietnam d’aller rendre visite aux Lolo pour découvrir leur culture et échanger avec eux ?

"Ah oui bien sûr, j’encourage vivement tous les voyageurs à aller à leur rencontre. Evidemment, il y a beaucoup de minorités au Vietnam. Moi, ce sont les Lolo que j’ai rencontré et dont je peux parler. J’ai passé un moment fantastique avec eux et j’invite tout le monde à aller à la rencontre de ces gens qui vous ouvrent leurs bras, qui sont pleins de sagesse et qui nous inspirent. Moi-même, ils m’ont remis les pieds sur terre de par leur façon de vivre et de partager."

Est-ce que ce voyage a changé quelque chose en vous depuis que vous êtes rentré ?

"Quand j’y suis allé, j’étais blessé au genou. Je m’étais fait opérer deux mois avant donc je ne pouvais pas pratiquer mon sport et pour un sportif de haut niveau, c’est un peu la fin du monde. J’avais le moral dans les chaussettes et grâce à ces gens là, grâce à leur accueil et à leurs sourires, j’ai pu relativiser. Ils m’ont aussi montré que le travail paye. Qu’il faut travailler dur pour réussir, pour manger... J’ai appliqué ça à mon sport, j’ai appris à relativiser ma blessure, à mon petit niveau, à me dire qu’il s’agissait d’une blessure de sportif et qu’ainsi va la vie..."