Société

Halte au trafic !

By Viatao

Posté le 1 mars 2012


"La loi interdit la vente d’environ 90 % des espèces animales sauvages de Thaïlande, car elles sont protégées ou en danger", explique un vendeur du marché de Chatuchak, spécialisé dans les reptiles d’Afrique et d’Amérique du Sud. Tous les marchands sont au courant, c’est pourquoi les bêtes en question ne sont jamais en vitrine. Mais en insistant un peu, une boutique de banales tortues japonaises peut dégotter un jeune loris lent, ou paresseux, sauvage (Nycticebus coucang) pour 4 000 bahts (80 euros).

"A ce prix-là, ils ne sont pas vraiment sauvages", rétorque un autre vendeur, qui ne les lâche pas à moins de 6 500 baths. Certains stands vendraient même des tortues extraites clandestinement du Centre de conservation de la base navale de Sattahip. Les calaos sont aussi appréciés comme animaux de compagnie.

Un bébé tigre dans le caddy ?

A Chatuchak, la section Sunday Market est le haut lieu du com- merce d’animaux, légal devant, illégal derrière. Envie de faire un cadeau original ? Se procurer un tigre en voie de disparition et contribuer à accélérer l’extinction de l’espèce n’est pas si difficile.

Il faut d’abord quelques économies, 100 000 bahts (2 000 euros) pour un bébé tigre (Panthera tigris), ou de 50 000 à 80 000 pour un bébé panthère nébuleuse (Neofelis nebulosa). Le chat sauvage (Felis silvestris) est moins cher, mais bien moins chic.

Il faut ensuite un ami thaïlandais. Etre farang suscite la méfiance immédiate des vendeurs qui voient en n’importe quel acheteur occidental l’espion potentiel d’une organisation de protection de la faune sauvage.

Une fois la liasse et l’ami réunis, envoyez-les au Sunday Market avec un air nonchalant. L’ami devra se faire très convaincant pour obtenir la confiance du vendeur qui contactera alors son fournisseur. Elevés dans des fermes ou capturés dans la nature – modes d’approvisionnement tous deux illégaux – les bébés tigres sont de plus en plus difficiles à trouver. Reste à négocier avec la compagnie aérienne pour ramener votre nouvel animal de compagnie – et éventuellement avec la prison thaïe, sans même imaginer la réaction des douanes à l’arrivée.

Vessies, plumes, ivoire, griffes, peau, nageoires, viande... la liste des produits en vente est impressionnante. Le trafic d’animaux est une menace grandissante pour les espèces animales d’Asie du Sud-Est. Avec sa prodigieuse biodiversité, la région est l’une des plaques tournantes du commerce mondial d’animaux sauvages, condamnés à servir de remèdes contre l’impuissance, de trophées de chasse, d’animaux de compagnie ou encore de stars de zoo. Morts ou vifs, ils sont victimes de ce commerce malgré l’existence, depuis plus de 30 ans, de programmes de sauvegarde de la faune sauvage dans plusieurs pays. Ce commerce illégal s’est hissé au rang de 3e marché noir le plus rentable après la drogue et les armes. Chaque année, il brasse plusieurs milliards de dollars et coûte la vie à des millions d’animaux sauvages.

Soupe aux ailerons de requin, bile d’ours, pénis de tigre... depuis des millénaires en Asie, les hommes piochent dans la faune sauvage pour se nourrir ou pour leur médecine traditionnelle. L’explosion démographique, la disparition des habitats naturels, l’accès facile aux dernières forêts, et l’augmentation du pouvoir d’achat contribuent à l’augmentation de la consommation d’animaux sauvages. La course aux animaux « commercialisables » a ainsi rayé de la carte plusieurs espèces écologiquement importantes.

La Thaïlande, au cœur de l’Asie tropicale, avec ses avancées aussi bien économiques qu’au niveau du transport, est devenue l’une des principales plaques tournantes de ce trafic. Le pays importe et exporte des produits animaux et des animaux vivants, depuis et vers d’autres continents, et en importe depuis les différents marchés frontaliers.

Protéger certaines zones apparaît comme l’une des meilleures façons de protéger la faune sauvage, et c’est l’option la plus souvent proposée par les pays d’Asie du Sud-Est. C’est effectivement une des solutions. Mais après 30 ans d’efforts, les écologistes s’essoufflent. Même dans les aires dites protégées, les espèces sauvages sont arrachées à leur milieu naturel avant d’être acheminées vers des marchés ou livrées directement au client. Afin de les passer en contrebande, les animaux et produits dérivés sont placés à l’abri de compartiments secrets dans des conteneurs, ou disposés aux côtés d’espèces non protégées qui leur ressemblent. Les déclarations de douane sont falsifiées. Conditions sine qua non de ce commerce planétaire, la législation est facile à contourner, les processus d’application et de contrôle des lois sont inefficaces.

La Convention sur le commerce international des espèces de faune et de flore sauvages menacées d’extinction (CITES) est un accord destiné à garantir un commerce mondial sans danger pour la survie des espèces menacées. Depuis sa mise en place en 1976, il s’agit d’une des armes les plus puissantes dans la lutte contre le commerce planétaire d’espèces sauvages. Après l’adhésion du Laos en mars 2004, les 10 pays d’Asie du Sud-Est sont signataires de cette convention. Cependant, la diversité religieuse, culturelle et politique de ces pays est un obstacle à la mise en place et à l’application de cette convention.

Plusieurs travaux ont été menés dans la région dans le cadre de la convention CITES : mise en place de décrets pour la protection de la faune sauvage, augmentation des effectifs en charge de l’application de la loi, campagnes de sensibilisation pour le grand public. Ce n’est qu’à travers une coopération internationale, entre les différentes agences du pays, mais aussi locale, avec les habitants, que le patrimoine naturel de l’Asie du Sud-Est pourra être préservé pour les générations futures.

Continuer à se battre contre le trafic d’espèces sauvages est une manière non seulement de protéger ces espèces mais aussi de protéger l’humanité. En combattant notre nature destructrice, peut-être aurons-nous la compassion et le respect nécessaires pour réaliser que ces espèces contribuent à la survie de l’espèce humaine.

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