Histoires et légendes de la Thaïlande

Société

Par Viatao

Posté le 1 mars 2012


Au commencement étaient les Siamois

L’histoire du peuple thaï commence il y a près de 3 000 ans au bord du Yang tseu kiang, en Chine. Les Siamois, comme les appelaient les Chinois, vont s’installer de plus en plus au sud, jusqu’à quitter complètement la Chine après la prise de leur capitale par le petit-fils de Gengis Khân (1250).

En migrant le long des vallées fluviales, les Thaïs découvrent un territoire que les textes indiens appellent Suvarnabhumi, "le pays d’or" : la péninsule indochinoise.

Quand ils arrivent dans la région qui constitue aujourd’hui la Thaïlande, deux grands peuples y sont déjà installés. Le peuple môn étend sa civilisation de la Birmanie au centre de la Thaïlande, tandis qu’à l’est les Khmers se sont établis dans la partie basse du Mékong.

L’aube du bonheur (± 1238-1558)

Les Thaïs se soumettent d’abord à l’autorité des Khmers, qui dès le IXe siècle contrôlent toute l’Asie du Sud-Est depuis Angkor. Ceux-ci exigeaient tous les trois ans un tribut en eau sacrée pour leurs cérémonies. La légende raconte que le moine bouddhiste Phra Ruang inventa un récipient incassable pour transporter l’eau. Le roi khmer prit peur devant tant d’ingéniosité et envoya son général, qui pouvait voyager sous terre, se débarrasser du moine. Mais Phra Ruang changea celui-ci en pierre, devint roi et installa sa capitale à Sukhothaï (« L’aube du bonheur »).

C’est de cette époque que daterait l’union des deux piliers de la société thaïe : la religion et la monarchie. Le royaume de Sukhothai s’agrandit alors jusqu’au Laos et au nord de la péninsule malaise. Le roi, Ram Khamhaeng (Rama le Brave), fils de Phra Ruang, jette les bases d’une identité nationale autour du bouddhisme Theravada et de la création de l’alphabet thaï, inspiré des caractères khmers.

Le royaume du fils du jardinier (1350-1767)

Une légende raconte que la princesse thaïe de Traitrung tomba enceinte après avoir mangé une aubergine sur laquelle avait uriné un jardinier. De cette grossesse étrange naquit U-Thong qui devint le premier roi de la ville d’Ayutthaya.

Sous son autorité, son royaume devient si puissant qu’il absorbe le royaume de Sukhothaï (1376). Sous le règne de ses 32 successeurs, véritables dieux vivants, le royaume d’Ayutthaya s’étend jusqu’aux frontières actuelles de la Thaïlande.

Des commerçants et des ambassadeurs de toute l’Europe s’installent dans le pays. Les ambassadeurs de Louis XIV comparent la nouvelle capitale Ayutthaya à Paris pour sa beauté et sa richesse. A cette époque, les Thaïs chassent définitivement les Khmers du pays après le sac de leur capitale, Angkor (1431), dont la population est réduite en esclavage.

L’ennemi de quatre siècles

Les Thaïs ne sont pas les seuls à vouloir unifier et agrandir leur royaume. A l’ouest, les Birmans vont tenter d’envahir le Siam. Repoussés, ils vont revenir, être vaincus à nouveau, puis retenter leur chance, pendant plus de 200 ans.

Et tout cela, nous dit l’histoire, parce que le roi birman Tabinshwehti (1531-1550) jalouse les éléphants blancs d’Ayutthaya, ces rares éléphants albinos symboles de prestige et de prospérité. Au passage, plusieurs princes trouveront la mort au cours du combat traditionnel, le duel à dos d’éléphant.

Ayutthaya sera pillée deux fois et définitivement détruite en 1767. Les Birmans, qui sont pourtant aussi bouddhistes que les Thaïs, dévastent les riches temples de la ville et font fondre l’or des statues du Bouddha. Le défenseur de la ville, le général Taksin, parvient tout de même à réunifier le royaume du Siam et se fait couronner roi. Son successeur, le général Chakri, chasse les Birmans du royaume en 1790 et fonde la dynastie qui règne encore aujourd’hui.

Le pouvoir de Bangkok (1768-1932)

Chakri, que l’on nomme aussi Rama Ier, fonde une nouvelle capitale plus facile à défendre dans un village fortifié par les Français : Bangkok.

Il sauve les trésors culturels thaïs des ruines d’Ayutthaya. Alors que les trois premiers rois de la dynastie sont des artistes et des protecteurs des arts, les rois Mongkut, Rama IV (1851-1868), et Chulalongkorn, Rama V (1868-1910) transforment le pays en un royaume moderne pour négocier à égalité avec les nations européennes.

La société thaïe opère une énorme mutation ; on ne se prosterne plus devant le roi et on porte des vêtements à la mode occidentale. Des conseillers étrangers aident le roi à construire écoles, universités, postes, chemins de fer et hôpitaux.

Sur la scène internationale et devant les provocations françaises et anglaises, les Thaïs manœuvrent habilement : ils cèdent leur contrôle sur beaucoup de territoires (Laos, Cambodge et Malaisie), mais c’est un faible prix à leurs yeux pour protéger la paix et garder leur indépendance.

En route pour la démocratie

Cette modernisation de la société enfante une élite européani- sée qui demande une plus grande participation aux affaires de l’Etat. En 1932, le Parti du peuple s’empare du pouvoir et installe sans effusion de sang un régime constitutionnel. Rapidement pourtant, la faction militaire du parti prend le pouvoir.

Débute alors en Thaïlande une longue quête de la démocratie parsemée de coups d’Etat (une vingtaine en 50 ans), d’émeutes et de courtes périodes réellement démocratiques qui se terminent toujours par la reprise en main du pouvoir par des généraux "rétablissant l’ordre public".

Le général Pibul, qui a dirigé l’Etat pendant 20 ans, s’alliant aux Japonais pendant la Seconde Guerre mondiale et rebaptisant le Siam "Prathet Thai" ("Pays des hommes libres", en 1939), voulut pourtant tenter une expérience démocratique en 1955. Les Thaïlandais profitent à peine deux ans du pouvoir, avant qu’une nouvelle flopée de généraux s’en emparent et dirigent le pays jusqu’en 1973.

Ainsi, les civils n’accèdent que rarement au pouvoir et doivent composer avec la présence des militaires au Parlement qui contrôlent aussi une part importante de la vie financière du pays. Dans un paradoxe qui n’apparaît comme tel qu’aux étrangers, les anciens dirigeants militaires sont parfois aussi élus pendant les intermèdes démocratiques. Malgré ces nombreux épisodes de nationalisme militariste, la Thaïlande continue d’enregistrer d’importants progrès économiques et participe à la fondation de l’Association des nations du Sud-Est asiatique (ASEAN) depuis 1967.

Bien sûr, l’argent s’accumule toujours plus vite en haut de la pyramide sociale. Mais ainsi va la Thaïlande, suivant sa route singulière, avec sa monarchie tacitement puissante que tous les gouvernants courtisent, avec ses classes dirigeantes de bureaucrates et d’hommes d’affaires qui achètent des voix comme des actions, avec ses militaires qui dirigent des banques et des radios, et ses généraux qui sont convaincus de faire des coups d’Etat pour le bien du pays.

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