Société

Le nomadisme mongol

By Emeline Bettex

Posté le 2 février 2015

Un état des lieux sur le mode de vie nomade en Mongolie de nos jours et les difficultés soulevées par le monde moderne qui grignote petit à petit un héritage ancestral...


La Mongolie est un vaste pays d’Asie enclavé entre deux géants, la Russie et la Chine. Le mode de vie traditionnel est celui du pastoralisme nomade.

Troupeaux

Celui-ci est fondé sur le mouvement, et la quête de nourriture motive les déplacements des hommes. Les Mongols sont donc en recherche permanente des meilleurs pâturages pour leurs troupeaux.

Il existe en Mongolie 5 espèces d’animaux consacrés à l’élevage : les chameaux, les chevaux, les yaks et les bovins nommés « animaux à pattes longues », et les moutons et chèvres nommés « animaux à pates courtes ». Les uns donnent du lait, de la viande ou du cachemire, d’autres de la peau qu’on transforme en cuir, du crin qu’on transforme en corde, de la laine qu’on transforme en feutre, et d’autres encore sont le mode de transport des hommes et des biens matériels durant les transhumances. Ils sont donc précieux car ils représentent tout ce qu’un éleveur possède mais aussi tout ce qui est nécessaire à sa vie quotidienne ou presque.

Yourtes

Le mode d’habitation des nomades suit cette règle de vie et ils vivent sous la yourte. C’est une habitation ronde construite en feutre sur une structure en bois légère. Elle est facilement démontable et transportable pour suivre les déplacements du campement. Elle fait généralement entre 20 et 30m² et accueille toute la famille. Un même campement comporte de 2 à 4 yourtes ou plus.

Le but de la vie nomade est d’être suffisamment isolé des autres familles et de leurs troupeaux afin que les pâturages soient les plus abondants possibles. Le rythme de vie est radicalement différent du nôtre : les saisons et le terrain rythment la vie des nomades. En cela, on peut dire que les nomades sont très proches de la nature. Mais attention, cela ne veut pas dire que ce sont des écologistes convaincus. La protection de l’environnement, la pollution, la gestion des déchets etc. sont des notions que les nomades connaissent souvent encore très mal. La richesse dans les steppes se mesure donc plutôt en nombre de têtes de bétail et non pas à la grandeur de la yourte ou à la somme détenue sur le compte en banque.

Mais la semi-sédentarisation ou le semi-nomadisme qui se développent ont pour conséquences les regroupements autour des villages notamment. Les enfants devant aller à l’école de 6 à 18 ans, les parents font parfois le choix de se fixer aux abords des villages, les obligeant à transhumer moins souvent dans l’année, aux mêmes endroits saisonniers et pas toujours avec l’habitation complète ni la famille au complet.

Liberté

Ce mode de vie a de nombreux avantages comme le fait d’être à l’écoute de la nature, de gérer soi-même son troupeau et le parcours de transhumance, de vivre dans une certaine indépendance/liberté, de privilégier la vie de famille. Il y a un fort héritage héréditaire et le respect des coutumes et traditions ancestrales est encore très présent.

Mais on peut aussi entrevoir les difficultés qu’il sous-entend dans notre monde moderne : faible possibilité d’accumuler des biens, difficulté à changer de vie si tel est le souhait, soumission devant la dureté de la nature et du climat, vie isolée dans la mesure où le rassemblement est la fin du nomadisme, les travaux extérieurs sont durs surtout en hiver où le froid et le vent font descendre les températures en dessous de -25°C. La conséquence première est que les nouvelles générations ont envie de se sédentariser. La mondialisation arrive jusque dans les steppes mongoles et la télévision et le téléphone portable sont devenus des biens de consommation fréquents. Mais la mondialisation a une conséquence plus grave encore : l’augmentation du nombre de chèvres pour donner du cachemire, lequel s’achète de plus en plus. Or les chèvres dévastent les pâturages et conduisent vers une désertification du sol mongol.

Bien entendu, ce mode de vie s’applique aux Mongols qui vivent encore dans les steppes, ceux qui vivent en ville sont devenus sédentaires et vivent dans des appartements, des maisons ou des yourtes dans les quartiers périphériques des villes. Dans la capitale Oulan Bator, ville de plus d’un million d’habitants, ce passage d’un mode de vie nomade à un mode de vie sédentaire est bien visible et le contraste peut parfois choquer. En effet, la ville est bordée au nord par d’immenses quartiers de yourtes où les éleveurs nomades ont atterris faute de mieux, victimes des aléas climatiques, dans l’espoir de trouver un travail salarié et d’éduquer leurs enfants pour un meilleur avenir. Et ces quartiers ne sont pas encore équipés en eau courante ni avec le tout à l’égout ce qui y rend la vie quotidienne encore difficile.

Ainsi, la Mongolie est à une période charnière de sa vie économique rurale. D’une certaine manière, on peut dire que le nomadisme commence à être en danger en Mongolie. Qui sera le nomade de demain ? L’Etat protégera-t-il ce mode de vie fragile et peu « rentable » dans une logique d’économie de marché ?