Culture

"Le pari des guetteurs de plumes africaines", drôle d'oiseau que ce livre là !

By Laetitia Santos

Posté le 3 avril 2013

Un roman tout en légèreté qui nous emmène aux quatre coins du Kenya pour remporter un pari un peu loufoque consistant à dénombrer le plus d’espèces d’oiseaux différentes pour ravir le cœur d’une belle ornithologue. Dépaysant, désinvolte mais grave sous le plumage.


"Les oiseaux possèdent une chose, leur beauté et leur liberté, bénéfique pour l’âme de l’homme." Si cet adage est vrai, alors cette lecture élèvera la vôtre puisqu’il y est question de volatiles en tous genres : bécasseau semi-palmé, souïmanga à croupion pourpre, huppe fasciée, guêpier de Leschenault, perroquet jaco et autres bulbul importun, voilà les noms d’oiseaux distillés ça et là pour baptiser chaque chapitre. Le ton est donné.

Déjà, le titre laissait sous-entendre une douce farce et c’est le cas puisque c’est avec une impertinence délicieuse que Nicholas Drayson nous dresse le récit de deux hommes amoureux en concurrence qui pour se départager les faveurs d’une belle poule décident de se lancer un défi où il est question de comptabiliser le plus grand nombre d’oiseaux possibles.

Le premier est bavard comme une pie et fier comme un paon, le second a plutôt tendance à se retrouver dindon de la farce à toutes les sauces. Et les voilà tous deux à parcourir le Kenya de long en large, dans des endroits aussi courus que la réserve du Masai Mara, les sommets du Mont Kenya, l’île de Lamu ou encore les rives du lac Victoria et d’autres places a contrario ravitaillées par les corbeaux.

Au fur et à mesure que nos deux protagonistes dressent une liste de piafs et révèlent la richesse ornithologique du Kenya, leurs yeux et les nôtres s’éveillent à la beauté car repérer des oiseaux, scruter leur plumage, se concentrer sur leur chant, c’est "aider les gens à découvrir la beauté autour d’eux. Il y en a tant qui ne la voient pas." Mieux encore, au fil de ce safari kenyan, l’auteur nous dresse subtilement le portrait d’un pays d’Afrique terni par la corruption politique, meurtri par le fléau du sida, et enlisé dans les disparités entre riches et pauvres, habitants des quartiers aisés, paysans des villages ruraux et malheureux des bidonvilles. Face à ces abus et injustices, Drayson semble en appeler à l’engagement au travers de la figure de M. Malick et de sa publication anonyme baptisée "La Volière" dans un journal local où il dénonce les dérives du gouvernement en place. Sans jamais se prendre au sérieux ni alourdir son propos d’un ton alarmiste, l’auteur britannique livre un récit léger qui parvient pourtant à en dire long, une comédie que dévoreront avec délice même ceux qui font montre d’un appétit d’oiseau pour la lecture…