Société

Les Bishnoïs : pionniers de l’écologie

By Sophie Squillace

Posté le 12 avril 2016

Il était une fois en Inde, une communauté qui vivait en harmonie avec la nature et respectait autrui. Loin des rêves utopiques des collectifs altermondialistes et bien avant les notions récentes de développement durable, la communauté Bishnoï a été fondée au XVe siècle par le prophète Jambheswar, « Jambho Ji ».


Les Bishnoï vivent loin des grandes villes, dans le désert du Thar, entre Bikaner et Jodhpur, dans la partie Ouest du Rajasthan. La présence de gazelles autour de vous, les « Chinkara », vous indique que vous n’êtes pas loin d’un village ou d’un temple Bishnoï.

Une tête tranchée vaut moins qu’un arbre abattu

Le terme Bishnoï de « Bish », vingt et « Noi », neuf, soit 29 en hindi, est dérivé des 29 règles énoncées par Jambho Ji en 1485. Les Bishnoïs pratiquent une forme particulière d’hindouisme comme si la nature était leur religion.

En 1730, au Sud de Jodhpur, dans le village de Khejarli, 363 femmes, hommes et enfants sacrifient leur vie pour sauver les arbres des haches des soldats du Maharaja de Jodhpur. Aujourd’hui, ce sont 600 000 individus qui se battent toujours pour préserver la nature et la vie sauvage du désert.

Les 29 règles de vie des Bishnoïs s’appliquent sur l’hygiène quotidienne, l’alimentation, la préservation de l’eau, le pardon, la compassion, et sur des principes directement liés à la protection de l’environnement : ne pas abattre d’arbres, protéger les animaux... Ils défendent un respect absolu de la vie sous toutes ses formes.

En dehors d’une simple doctrine religieuse, ils agissent au quotidien. Chaque Bishnoï plante régulièrement des arbres et donne la moitié de son eau, denrée rare dans la région, pour arroser ses arbrisseaux. Ils dédient une part de leur récolte aux animaux, antilopes, gazelles, paons, afin de maintenir l’équilibre fragile dans le désert. Ils les soignent et les protègent des braconniers au coût de leur vie. Dévotion totale pour la vie sauvage, certaines femmes Bishnoïs allaitent des faons orphelins.

Parmi les Hindous, les Bishnoïs font figure d’exception en ce qui concerne les rites funéraires puisqu’ils ne pratiquent pas la crémation afin d’économiser le bois.

Consolider l’identité éco-responsable des Bishnoïs

Franck Vogel, un photojournaliste brillant, s’est investi depuis plusieurs années auprès des Bishnoïs pour faire connaitre leur philosophie et leur mode de vie. Deux fois par an se déroule un grand pèlerinage à Mukam où se rassemblent plus de 500 000 Bishnoïs venus rendre hommage au prophète Jambho Ji. C’est ici en 2007 que Franck Vogel a rencontré Khamu Ram, un Bishnoï qui se bat contre la pollution plastique générée par ce genre d’évènement.

Franck Vogel devient ami avec la communauté et particulièrement avec Khamu Ram. Lors d’un voyage en France, Khamu Ram découvre un objet inconnu dans le métro parisien : la poubelle, qu’il décide aussitôt d’introduire dans les villages Bishnoïs. Il part alors convaincre les membres de sa communauté que la lutte contre le plastique est un complément indispensable aux 29 règles de la communauté. Aujourd’hui, les poubelles en sac de jute se multiplient dans les villages, et un projet de coopérative pour recycler les déchets et produire des objets à valeur ajoutée est en route.

Pour en savoir plus sur le projet : The Bishnoi Cooperative.

Pense-bête : Si vous rencontrez des Bishnoï, n’oubliez pas de porter des couleurs clairs, évitez les couleurs sombres et particulièrement le bleu indigo, couleur issue des végétaux.