Les Hmong du Vietnam

Société

Par Laetitia Santos

Posté le 11 décembre 2011


Autres dénominations : Méo, Miao, Mong, H’mong, etc.

Les différents groupes : Hmong Xanh (vert), Hmong Do (rouge), Hmong Hoa (fleuris ou bariolés), Hmong Den (noir), Hmong Trang (blanc).

Langue : Langue de type austro-asiatique.

Population : Environ 560.000 au Vietnam.

Situation géographique : Sur les hauts plateaux du Nord Vietnam.

Un peu d’histoire

Les Hmong seraient, avec les ethnies associées à la langue thaï, les authentiques indigènes du sud et du centre de la Chine et seraient, selon certains spécialistes, les descendants des San Miao du bassin du fleuve jaune issus de la Chine entre le 18ème et le 19ème siècle.

Us et coutumes

La société hmong se définie par une solidarité importante entre tous les occupants d’un village et entre les membres d’une même lignée.

Leur indépendance et leur identité culturelle leur a permis de conserver cette solidarité familiale.

Bien que très éloignés ou étant limités par une frontière nationale, les Hmong d’une même lignée conservent des relations et une solidarité très forte. La communauté met en place des conventions que chacun respecte et qui sont défendues par ses membres. Quiconque outrepassera ces règles sera sévèrement réprimandé. Ces lois sont remises à jour et complétées lors de la cérémonie du culte du génie tutélaire.

Un repas nommé Nào Sông met un terme à cette cérémonie qui scelle les modifications avec bien sûr l’aval et la présence des génies.

Lieu de Vie

La maison est sommaire : construite en matériaux d’origine végétale (bois, bambou, etc.) le sol en terre battue. En règle générale pas de fenêtre, de cheminée ou de cloisons au sein de celle-ci.

L’autel des ancêtres (emplacement dédié au culte des ancêtres) est installé au centre ; les emplacements latéraux ont fonction de cuisine et de chambre à coucher.

Des maisons sur pilotis peuvent être mise en place en fonction du terrain où sera construit la maison.

L’intérieur est souvent sombre et enfumé. L’emplacement cuisine se résume à un feu entretenu sur le sol, environné de quelques ustensiles.

Tenue Vestimentaire

Les Hmong sont caractérisés par un savoir-faire concernant la confection de leurs vêtements en chanvre. Ils tissent et teignent eux-mêmes leurs vêtements (bien que mondialisation oblige, vous verrez souvent des jeunes avec des jeans et des baskets).
On différencie les différents groupes de Hmong selon la couleur de leurs costumes et leurs coiffures.

Les femmes portent une jupe, qui arrive sous les genoux, un plastron sur le dos, un tablier qui recouvre la jupe, une ceinture en tissu d’une longueur suffisante pour faire plusieurs fois le tour de la taille, attachée dans le dos, une chemise avec des manches longues et larges, entrouverte sur la poitrine, mais la présence d’un cache seins est obligatoire.

Des parties de ce costume sont parfois décorées de tissages ou de broderies colorées. Les femmes Hmong arborent des colliers très visibles, des bracelets et des boucles d’oreilles.

Ces bijoux, de fabrication artisanale, simples et vraiment beaux sont fondus à partir de pièces de monnaie : auparavant les pièces françaises étaient très appréciées ; actuellement, les Hmong se servent régulièrement de pièces indiennes et thaïlandaises.

En ce qui concerne les hommes, quelque fois vous en verrez se baladant avec un béret arrondi en tissu brodé, ont des pantalons amples, attachés à leur ceinture, une veste à manches larges.

Voici de quoi vous aider à identifier les différents groupes.

> Hmong blanc

Coiffure : Tête rasée sur les côtés, touffe au sommet, turban
Jupe : Tissu écru

> Hmong vert

Coiffure : Cheveux longs sur les épaules, chignon après le mariage
Jupe : Indigo

> Hmong noir

Coiffure : Cheveux longs, turban
Jupe : Indigo

> Hmong rouge

Coiffure : Cheveux longs dans une coiffe avec houppes rouges
Jupe : Indigo avec broderies

> Hmong fleuris

Coiffure : Cheveux longs avec des postiches, foulards rouge ou vert
Jupe : Indigo avec broderies

Agriculture

Traditionnellement, les Hmong pratiquent une agriculture itinérante sur brûlis.

Ils sont passés maître dans l’art de canaliser l’eau à partir du sommet, les Hmong ont la faculté de transformer des collines en rizières en terrasse par un travail incroyable avec force, courage et ingéniosité. Donnant ainsi lieu à de véritables réussites architecturales et artistiques.

Les Hmong sont aussi reconnus pour la culture des arbres fruitiers comme les pommiers, pruniers et pêchers.

De nos jours prohibés, anciennement très consommés, les Hmong sont passés maître dans la culture du pavot qui sert à la production de l’opium. L’opium était d’ailleurs le seul commerce exercé par les Hmong.

La consommation d’opium est traditionnelle et socialement nécessaire. D’ailleurs, certains hommes reconnus sages reçoivent un accord de leur collectivité et peuvent alors en consommer.

Chasse

Ils chassent cerf, sanglier, etc. Les enfants prennent au piège, grâce à d’ingénieux systèmes de leur création, des oiseaux qu’ils vendent ensuite au marché ou au bord des routes.

Dans les montagnes du triangle d’or (Thaïlande, Laos, Birmanie) et du Nord Vietnam, le pavot fait partie d’une des traditions agricoles comme la vigne dans nos régions.

Artisanat

Les Hmong ont un patrimoine artistique et culturel riche et varié, qui montre une connaissance accrue de la nature et de la société, et qui manifeste leur attachement à la liberté.

La littérature des Hmong fait appel à la mémoire et est décomposée en légendes, poèmes, proverbes et chants.

Les instruments de musique utilisés sont les guimbardes, les tambours de peau et les khènes, ressemblant à un orgue à bouche. Les tambours et les khènes sont mis en jeu lors des cérémonies rituelles, alors que le khène et la guimbarde sont utilisés par les garçons lors des phases de séductions des filles.

Seuls les initiés sont aptes à expliciter et enseigner le système de codage extrêmement complexe de l’utilisation du khène. Quelques morceaux joués avec le khène au cours des funérailles est censé indiquer à l’âme du défunt la procédure à suivre pour rejoindre le monde des morts.

Religion et Croyances

Bouddhisme, confucianisme et taoïsme sont incrustés dans les diverses croyances religieuses de l’ethnie des Hmong.

Dans chaque maison, un emplacement est réservé à la prière.

Le chaman a la faculté de rentrer en contact avec les esprits. La création de centres de soins a fortement diminué le rôle du chaman dans le domaine médical, mais il est toujours consulté dans les rites funéraires et agraires.

Pour les Hmong, l’être humain possède 3 âmes : une qui reste avec le défunt et regagne la terre ; une deuxième qui part pour le grand voyage vers l’au-delà et la troisième suit le cycle de la réincarnation.

Les Hmong au Vietnam

Arrivés les derniers au sein des montagnes du Nord, les Hmong se sont installés sur des parcelles quasiment inexploitables d’un point de vue agriculture. Les récoltes sont souvent insuffisantes pour nourrir les populations locales.

Le problème est alourdi par le gouvernement qui encourage l’implantation des Kinh (l’ethnie majoritaire qui représente 85% de la population du pays) au cœur de ces zones.

Dans les sites touristiques, ils ont développé un commerce basé sur l’artisanat de vêtements, bijoux, souvenirs, etc.

Bien souvent, les Kinh en place n’hésitent pas à monter des boutiques proposant ces objets artisanaux, privant cette ethnie de revenus supplémentaires plus qu’utiles…

Les Hmong en plein changement culturel

Une révolution culturelle est en cours grâce à :

- La scolarisation des enfants (se heurtant, malheureusement, à la méfiance des villageois qui n’acceptent pas les changements)
- La mise en place de nouvelles méthodes de culture sensées remplacer la technique sur brulis et la culture du pavot. Mais sans réel résultat tangible pour les familles sensés profiter de cette manne providentielle.
- Le développement d’un comportement d’addiction vis-à-vis du tourisme de masse qui engendre des dégâts considérables sur la culture et les traditions de cette ethnie.

Les Hmong mènent une résistance farouche face à l’obligation de modifier leur comportement faisant partie de leur patrimoine millénaire.

Malheureusement, les autorités ont tendance à voir les Hmong comme de bien mauvais élèves face à leur envie de vietnamisation.

Émane de cette divergence une tension parfois imperceptible pour les touristes mais visible pour les locaux...