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Parc Naturel Régional du Sirente-Velino - A l'assaut du Monte Sirente des Abruzzes

By Laetitia Santos

Posté le 23 janvier 2013

À à peine plus d'une heure de Rome, le parc du Sirente-Velino offre de multiples possibilités de randonnées à travers forêts et montagnes fabuleuses où la gentiane est reine et le sabot de Vénus son roi. On vous en propose une réalisée sous les ardentes couleurs de l'automne, l'ascension du Monte Sirente.


Octobre 2012.
Objectif : Ascension du Monte Sirente.
Point de départ : Rovere.
Altitude : 2348 m.
Dénivelé : 1200 m de dénivelé positif.

Une mer de brume inonde tout le paysage. Les premiers rayons du jour pointent et se réfléchissent sur ce voile cotonneux qui se met alors à briller, tout irisé qu’il est par l’astre solaire. Il rase les champs, recouvre les bêtes qui paissent, enveloppe les chevaux et les arbres d’un linceul froid mais poétique. Un paysage comme cristallisé qui donne l a sensation qu’il a neigé avant l’heure, que l’hiver est déjà là alors que l’on est encore à l’heure de l’automne. La Range Rover de Desi Bartolotti, enfant de la région aujourd’hui porte-parole du parc, qui nous transporte jusqu’au point de départ de la randonnée, transperce ces étendues mi-dorées, mi-argentées, et l’esprit des randonneurs, encore dans les limbes du sommeil, déguste dans une léthargie délicieuse les sensations décuplées par cette matinée d’octobre ensoleillée : les toiles d’araignées entre les végétaux semblent être passées au révélateur avec ces gouttes de rosée qui perlent d’elles, on file sur des routes arborées, paysage mouillé aux reflets angéliques si vaporeux que l’on se croirait encore dans nos songes. Au fil des minutes qui s’égrainent, les brumes se dissipent et seuls quelques spectres isolés persistent. La voiture s’arrête, le froid nous pique mais nous sommes à l’orée de la hêtraie du Sirente et il va nous falloir grimper quelques heures dans ce sous-bois, de quoi nous réchauffer et nous sortir de notre douce torpeur…

De l’utilité d’un parc naturel régional

Créé en 1989 pour la sauvegarde de l’environnement et du patrimoine, le Parc Naturel Régional du Sirente-Velino protège une superficie de plus de 50 000 hectares au coeur de la province de l’Aquila, à une centaine de kilomètres seulement de la ville éternelle. C’est le seul parc régional des Abruzzes tandis que les autres zones protégées de la région sont nationales et représentent à elles toutes plus d’un tiers de ce territoire, ce qui en fait la région la plus verte d’Europe ! Un terrain de jeu formidable pour tous les écotouristes à la recherche d’authenticité et d’une faune riche et rare.

Les sentiers de randonnée sont multiples et se déroulent à travers des paysages aussi variés que des sous-bois colorés, des pentes de roche immaculée, des étendues montagneuses dolomitiques peuplées de cerfs, de renards et de loups en belle quantité. Un projet de réintroduction du chamois a même été intenté lors de notre passage : en octobre dernier, un couple de chamois des Abruzzes a été réintroduit dans le parc Sirente-Velino avec l’espoir que ces deux-là puissent s’y plaire et repeupler cet espace.

Protégé depuis trop peu d’années encore, le parc du Sirente-Velino n’en est pas encore au top de son exemplarité en matière de biodiversité, contrairement à son voisin le Parc National des Abruzzes qui lui, a soufflé ses 90 bougies il y a peu et compte un nombre de loups, d’ours et de chamois en ses terres véritablement impressionnant. L’occupation de l’homme très tardive a laissé ici des traces que l’on peut constater quand il n’y a pas de neige : les stations de ski, comme celle d’Ovindoli par exemple, si elles sont excellentes pour la santé économique de la région, le sont bien moins pour son bien-être écologique… Les cicatrices sur les flancs de montagne dûes aux différents aménagements des pistes et des remontées mécaniques attristent l’oeil et nous rendent encore plus reconnaissants de l’existence d’un tel parc aujourd’hui pour contrôler l’activité humaine et favoriser un retour à la nature.

Hêtraies et Lapiaz

Le Monte Sirente et son sommet à 2348 mètres d’altitude nous attend donc. Chaussures de rando aux pieds, bâtons de marche en mains, on entame plein de courage les 1200 mètres de dénivelé à avaler à raison de 400 mètres par heure. Le rythme est soutenu mais comme tout effort en pleine nature, il en vaut la chandelle. La grimpette se fait d’abord dans un sous-bois lumineux, tapis de feuilles mortes en cette saison, d’où il se dégage une douce odeur de champignon. Les arbres semblent être en feu tant il y a de couleurs, comme si ces feuilles à l’automne donnaient tout ce qu’elles avaient, comme un dernier regain d’émotions, avant que l’hiver ne viennent leur ôter toute vie. Partout, des hêtres rouges, dorés, orangés, des hêtres roux, des hêtres bruns et puis d’autres encore un peu verts, plus pour très longtemps.

À la sortie de cette hêtraie, commence alors une ascension à ciel ouvert qui n’a pas fini de nous émerveiller et va nous emmener au-dessus des nuages. Là, quelques mètres plus loin, alors que l’on suit un sentier escarpé de craie immaculée, on prend conscience de la hauteur à laquelle on se trouve désormais : devant nous se déploie le manteau arboré que l’on vient de traverser et juste derrière, un océan de nuages cotonneux, seulement percés par les plus hauts sommets des environs qui dorent encore un peu dans ce doux soleil automnal : ici le Monte Velino, là la Serra di Celano. On continue. On fait une pause plus haut, les fesses posées sur un rocher, les pieds presque dans le vide tant la paroi commence à être abrupte à mesure que le sommet s’approche. Les jambes tirent, le souffle s’accélère, les pierres roulent sous les pieds fatigués mais la volonté d’arriver tout là haut - et d’y déjeuner ! - donne du baume au coeur. Après quelques efforts encore et près de 4 heures de montée, nous voilà sur un plateau pierreux, qui alterne une végétation basse et des petits rochers en quantité. De là, on peut admirer la région, toute sa géographie ondulée, ses plaines habitées, ses plus hauts sommets. Le silence est absolu à moins que quelques bouvreuils d’altitude ne se mettent à siffler. Le temps est dégagé et l’on peut mordre dans un sandwich frais du matin tout en laissant vagabonder son esprit face à ce panorama stupéfiant que l’on a bien mérité.

Une fois toutes ses affaires remballées, quand plus aucune trace de son passage ne reste, on redescend vers la vallée par l’autre versant avec plusieurs possibilités de parcours, un plus court pour ceux qui en auraient déjà plein les semelles, d’autres plus longs pour ceux qui ne sont jamais rassasiés. La végétation redevient plus vive à mesure que l’on redescend, de curieuses plantes comme des laitues desséchées forment des tapis persistants, des chevaux paissent tranquillement dans ces prairies et nous rappellent que la tradition pastorale est ici très ancrée.

On bouclera cette belle randonnée sans beaucoup de monde sur les chemins, par un chocolat chaud maison au village : pas un vulgaire chocolat en poudre par dessus lequel on aurait rajouté de l’eau bouillante, ça non ! Un vrai chocolat fondu avec amour dans lequel a été ajouté une pointe de crème. Chaud, épais, goûtu, rien de tel pour reprendre des forces après une telle journée de marche ! À accompagner d’un torrone tenero de l’Aquila pour les plus gourmands...

Le + : Profitez d’être dans la région des Abruzzes pour dormir dans un hôtel diffus, garant de la préservation du patrimoine historique.

Parc naturel régional du Sirente Velino, L'Aquila, Italie

Parc naturel protégé offrant de multiples possibilités de randonnées à travers forêts et montagnes fabuleuses

Coordonnées

0862/9166

[email protected]

http://www.parcosirentevelino.it/Findex.php

Viale XXIV Maggio, Rocca di Mezzo, 67048, Abruzzo, IT