"Persévérance en Antarctique", la nouvelle expédition menée par Jean-Louis Étienne

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Par Laetitia Santos

Posté le 10 janvier 2026

Photo Sources: Francis Latreille.

Du 20 janvier au 15 mars 2026, le célèbre explorateur et défenseur des pôles, Jean-Louis Étienne, reprend la mer et s'engage avec toute une équipe de scientifiques à bord de "Persévérance", rien de moins que le plus grand navire océanographique au monde. L'objectif de la mission ? La sanctuarisation de l'Océan Austral, enjeu international de taille.


« Alors que les nations se disputent plus que jamais ses frontières, Jean-Louis Étienne défie comme toujours l’impossible : faire de l’Océan Austral, à l'image du continent antarctique, un espace protégé et dédié à la science et à la paix dont nous avons aujourd'hui tant besoin ! » souligne Olivier Poivre d'Arvor, envoyé spécial du Président de la République pour l'océan et les pôles.

Polar-Pod, pour sanctuariser l'Océan Austral

Ce jeudi 8 janvier 2026 a eu lieu au Ministère de la Mer et de la Pêche une conférence de presse animée par l'infatiguable voyageur polaire et médecin, Jean-Louis Étienne, son épouse et directrice d'expédition Elsa Peny-Étienne et leur équipe, afin de présenter à la presse leur prochaine mission d'envergure : Persévérance - Cap sur l'Antarctique.

Ce voyage fait écho à la date anniversaire du classement de la Mer de Ross en Aire Marine Protégée il y a 10 ans de cela. L'équipage aura ainsi pour mission de faire un état de la biodiversité locale et de fournir un rapport exhaustif à la CCAMLAR, la Commission pour la Conservation de la Faune et de la Flore marines de l'Antarctique, forte de 27 États membres, afin que celle-ci puisse statuer sur l'efficacité et la pertinence de cette AMP, créée notamment pour réguler la surpêche. Des conclusions d'autant plus essentielles que des discussions seront entamées dès 2027 pour sanctuariser de la même façon trois zones de la mer Dumont d'Urville.

Persévérance, laboratoire de pointe en haute-mer glaciaire

Le Persévérance, véritable laboratoire technologique de pointe flottant, mènera à son bord un programme de recherche multidisciplinaire comprenant de la météorologie, de l'océanographie, de la bioacoustique, des sciences atmosphériques et autres disciplines en -iques ! Ce qui permettra entre autres réjouissances de collecter du plancton, d'examiner les contaminants atmosphériques, d'étudier les concentrations microplastiques ou les interactions entre les systèmes glaciaires et l'océan, de réaliser un inventaire de la faune ou encore de calibrer des sattelites d'observation de notre planète.

La goélette de 42 m, véritable engin innovant, permet de naviguer en brisant les glaces tout en respectant l'environnement grâce à sa propulsion vélique qui utilise le vent autant que possible pour réduire ses émissions de CO2, joint à sa technologie de traitement des échappements à l'urée qui stoppe les émissions de particules fines. La technologie est donc mise ici non seulement au service de la connaissance d'un des derniers espaces sauvages de notre planète mais aussi de la sobriété dans cette expédition qui se veut le plus exemplaire possible.

« Nous ne pouvons pas protéger ce que nous ne connaissons pas... »

L'Antarctique est le continent qui regroupe environ 90 % de la glace terrestre et donc près de 70 % des réserves d'eau douce de la planète. Or, c'est aussi la région du monde la plus méconnue à ce jour en raison des glaces qui rendent son accessibilité extrêmement difficile. Mais Jean-Louis Étienne est un fin connaisseur de ces terres gelées, lui qui avait traversé cette calotte glacée dans toute sa longueur entre 1989 et 1990, sept mois durant. Or depuis, l'explorateur a pu constater combien la barrière de Larsen ou Larsen Ice Shelf avait fondu, à tel point que deux de ses trois segments principaux appartiennent désormais au passé.

Toute cette glace est l'habitat d'une faune extrêmement riche parmi laquelle on trouve des manchots Empereurs, Papous, Royaux ou encore Adélie, 8 des 17 espèces existantes ; des phoques, un grand nombre d'oiseaux... Et tout ce petit monde, en plus des baleines et autres orques, se nourrit de krill, ce crustacé qui est une véritable clef de voûte du réseau alimentaire de toute cette vie marine. Pourtant, le krill est aujourd'hui terriblement menacé par la pêche industrielle puisque très recherché pour être transformé en compléments alimentaires ou en huile car riche en oméga 3. Si le krill venait à disparaître, c'est toute une biodiversité qui s'effrondrerait avec lui.

« Nous ne pouvons pas protéger ce que nous ne connaissons pas... Cette mission est un trait d'union entre l'exploration scientifique et l'action politique internationale.» conclut Jean-Louis Étienne. Et face à l'urgence du changement climatique, il faut au moins un chef de file à la hauteur de ce bonhomme-là pour garder le cap de la conservation, toujours avec persévérance...

POUR SUIVRE L'AVENTURE DE JEAN-LOUIS ETIENNE ET DE SON EQUIPAGE, RENDEZ-VOUS SUR WWW.POLARDPOD.FR !