Voyage vers les étoiles à Saint-Michel-L'Observatoire

Babel Plans

Par Sabine Grandadam

Posté le 15 juillet 2026

Photo Sources: Nicolas Duye.

Dans les Alpes-de-Haute-Provence, non loin de Forcalquier et de Manosque, le village de Saint-Michel l’Observatoire offre aux visiteurs un voyage dans l’Univers avec son grand télescope et son Centre d’astronomie à vocation pédagogique. Une échappée vers l’infiniment grand dans un magnifique écrin naturel.


Voir à dix milliards d’années-lumière de notre Terre dans un télescope, voilà qui donne le tournis; en imagination toutefois, car coller son oeil à la lentille du télescope de l’Observatoire de Haute-Provence, dont le miroir principal mesure près de 2 mètres, est réservé aux astrophysiciens qui y travaillent. On peut néanmoins visiter l’Observatoire dans sa coupole géante et admirer cet instrument qui a une histoire particulière. Car c’est avec ce télescope, autrefois le plus grand d’Europe à l’époque de sa mise en service en 1958, que deux astrophysiciens suisses, Michel Mayor et Didier Queloz, ont découvert en 1995 la première exoplanète, une planète située en dehors du système solaire. Les deux scientifiques ont reçu en 2019 le prix Nobel de physique pour cette découverte, alors que la conviction qu’il existe d’autres planètes hors de notre système solaire était déjà présente dès le XVIè siècle. “La recherche sur les exoplanètes répond depuis très longtemps à une curiosité de l’homme sur l’hypothèse de la pluralité des mondes“, explique Michel Mayor dans une interview sur Arte. Aujourd’hui, la science connaît quelque 8000 exoplanètes, laissant autant de questions sur l’existence éventuelle d’autres formes de vie dans l’univers.

Le télescope de Saint-Michel l’Observatoire, où oeuvrent chaque nuit ou presque deux spécialistes pour scruter le ciel, a certes été dépassé par les télescopes géants du désert d’Atacama, au Chili, mais cet établissement créé par le CNRS est toujours opérationnel pour la recherche scientifique. Il sert également à des missions géophysiques, notamment pour étudier la composition de l’atmosphère, avec des relevés qui alimentent les modèles du GIEC, le Groupe d’experts intergouvernemental sur l’évolution du climat. Périodiquement, le site accueille des jeunes pour des camps d’été sur l’astronomie et il ouvre ses portes au public pendant les vacances scolaires.

Sur son plateau à 650 mètres d’altitude, l’Observatoire de Saint-Michel avait créé tant de curiosité qu’une file ininterrompue de visiteurs s’agglutinait pour le visiter. Cet engouement a conduit à la création en 1998 du Centre d’astronomie voisin, associé à l’Observatoire, à deux pas du charmant village de Saint-Michel où l’on peut poser ses valises pour un séjour entre terre et ciel.

Saint-Michel, Forcalquier et Mane, villages de charme

Le plaisir commence sur la terre ferme, au village animé de Saint-Michel. De toutes parts, la vue embrasse la montagne de Lure et les derniers sommets du Lubéron oriental. Quand la matinée offre sa fraîcheur, cyclistes et randonneurs se lancent à l’assaut de pistes à l’abri de forêts touffues de chênes. Avec les Amis de Saint-Michel, une association locale, les petits secrets et l’histoire du village avec ses ruelles qui grimpent jusqu’à son église du XII ème siècle et son oppidum se dévoilent. On apprend par exemple le conflit autour de l’eau qui a défrayé la chronique locale au XIXème siècle, et qui convoque nos inquiétudes d’aujourd’hui sur les ressources en eau sous l’effet des changements climatiques… Une célèbre chanteuse et écrivaine kabyle, Taos Amrouche, a vécu dans ce village et y est décédée en 1976. Elle aurait évoqué dans son roman “L’amant imaginaire“ sa liaison avec Jean Giono, qu’elle rencontre en 1954 pour une série d’entretiens publiés chez Gallimard, Propos et récits.

À quelques petits kilomètres, le marché de Forcalquier attire une foule compacte tous les lundis, surtout l’été. La cité médiévale a bien du charme avec son couvent des Cordeliers, sa cathédrale Notre-Dame-du-Bourguet et sa Citadelle, ses rues étroites bordées de boutiques. Au retour, sur la petite route qui serpente entre les champs de lavande et des rangées de vénérables platanes sur la via Domitia, une voie romaine, un stop s’impose à Mane, un village riche en patrimoine avec ses ruelles médiévales en calade, pentues et pavées, ses aqueducs et des nécropoles datant de l’époque romaine. On peut y voir aussi l’unique fortification provençale du XIIème siècle encore intacte, ou encore le château de Sauvan du XVIIIè siècle, une réplique du Petit Trianon.

Touristes de l’espace

Retour vers l’infiniment grand au Centre Astro de Saint-Michel, en début d’après-midi, pour une observation du Soleil, notre étoile la plus proche… à 150 millions de kilomètres. Des médiateurs accueillent le public et guident l’observation dans un télescope avec d’excellentes explications. La compétence pédagogique de l’équipe permet aux néophytes complets d’approcher l’espace dans ses grandioses dimensions à tel point que nos vies sur Terre semblent aussi infimes que fragiles si ce n’est ridiculement insignifiantes ! On rêve toutefois que le Soleil ne disparaisse pas aussi vite qu’annoncé, dans 4,5 milliards d’années… signant la fin de notre galaxie.

Il est temps de s’évader depuis le planétarium. Nous sommes en 2125, les touristes de l’espace décollent depuis une navette spatiale, à la recherche des “trous noirs“. L’expérience est impressionnante sous ce dôme qui nous projette dans 40 millions d’étoiles. On voudrait contempler sans fin cet univers constellé d’étoiles. Pour les petits, des séances dédiées aux 4-6 ans explorent dans des films d’animation la planète Mars ou les météorites et les étoiles filantes, tandis que les contemplatifs peuvent s’offrir 50 mn de “Plénitude étoilée“, et le public averti se voit proposer d’autres films d’animation, plus pointus.

Ouvert toute l’année, le Centre astro propose l’été un programme spécial, le “Festival de l’été astro“, avec des animations variées. La nuit venue, l’exploration du ciel est un moment de pure poésie. Au télescope, l’amas globulaire d’Hercule, réputé proche à 30 000 années-lumières de la Terre en périphérie de notre galaxie, révèle son entrelacs de matières. Puis, à l’extérieur, au coeur de la nuit, les médiateurs pointent leur laser vers les constellations visibles dans la saison, indiquent l’étoile polaire, Vega, Antharès, Cassiopée…offrant aux participants une inoubliable lecture du ciel.

Les rêves intergalactiques bercent le reste de la nuit. Au petit matin, le soleil est toujours là, rayonnant. La chaleur monte sur les pierres du village, le café-restaurant ouvre les parasols. Sur cette Terre, les humains ont démarré leur train-train habituel. Et ailleurs, à des milliards d’années-lumière ?

Pour en savoir plus

Le centre Astro de Saint-Michel l’Observatoire https://www.centre-astro.com/

Séjourner :

Au charmant hôtel Galilée tenu par un couple accueillant, avec des chambres à la vue imprenable sur les montagnes https://www.hotelgalilee.com/

Manger :

Au restaurant l’Observatoire à Saint-Michel https://www.tourisme-alpes-haute-provence.com/ou-dormir/6833013_hotel-restaurant-saint-michel-lobservatoire-hotel-restaurant-lobservatoire/

Au restaurant La Reine des Prés à Mane, en s’installant au jardin de fraîcheur https://www.restaurant-reine-des-pres-mane.fr/

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