Culture

"Waste Land" : bienvenue à Garbageland

By Laure Croiset

Posté le 23 mars 2011

Un projet hors du commun pour un artiste au grand cœur. Focus sur le documentaire "Waste Land" et le travail inédit du photographe Vik Muniz.


Nommé à l’Oscar du meilleur documentaire en 2011, Waste Land a suivi le travail de l’artiste brésilien Vik Muniz sur la plus vaste décharge du monde, à Jardim Gramacho située en banlieue de Rio de Janeiro. Un documentaire exceptionnel, qui sonde les dérives du capitalisme et sert un propos écologique et artistique d’une nécessité absolue.

Naissance de l’art

Issu d’une famille de la classe ouvrière de Sao Paulo, Vik Muniz doit son statut d’artiste à une balle reçue dans la jambe à son adolescence. Une fois ses indemnisations versées, il s’installe à New York et commence une carrière de sculpteur, avant de ne se consacrer qu’à la photo. Transformer des matériaux en idées, telle sera sa quête en tant qu’artiste. Travaillant des matériaux aussi incongrus que le chocolat ou la poussière, son travail atteint une renommée internationale et s’affiche dans les plus grands musées du monde.

De la poubelle aux musées

Installé à Brooklyn, Vik Muniz s’interroge sur son statut d’artiste : "L’art peut-il changer les gens ?" C’est à Gramacho, non loin de Rio et des célèbres plages d’Ipanema qu’il va trouver sa réponse, là où finissent 70% des poubelles de Rio. Parti à la rencontre des Catadores (les ramasseurs de déchets recyclables), Vik Muniz va réinventer leur vie en les faisant participer à son projet artistique inédit : les photographier dans des mises en scène composées à partir d’objets et matériaux rescapés des poubelles. C’est ce processus créatif que Lucy Walker a souhaité filmer au quotidien. Etablissant une distance d’une parfaite justesse, ni trop objective ni trop obscène, la cinéaste assume sa part de responsabilité et n’omet pas de s’interroger sur la portée de cette parenthèse artistique dans la vie de ces Catadores. Car il s’agit bien d’un combat mené dans la dignité auquel nous assistons ici.

Une autre réalité

Porté par la grâce de Vik Muniz et sa volonté de diriger le regard des catadores vers une autre réalité, le documentaire s’achève sur des paroles d’une sagesse infinie : "Quand on désire quelque chose, la vie a un sens." Et c’est ce désir là, cette incursion de l’art dans le quotidien que Lucy Walker a réussi à saisir avec Waste Land. De la poubelle au musée, jusqu’au coeur des spectateurs, tel est le cheminement le plus digne pour un film de cette grandeur d’âme. Car oui, "99 n’est pas 100" et ce film fait toute la différence.

Waste Land, de Lucy Walker
Sortie en salles le 23 Mars 2011