Par Laetitia Santos
Posté le 2 janvier 2026
Le célèbre botaniste français Francis Hallé, défenseur des arbres du monde et des forêts primaires, s'est éteint à l'âge de 87 ans. Retour sur la vie d'un grand homme que le No Mad avait reçu en 2021 pour la soirée d'ouverture de son festival.
On se souvient de lui comme d'un grand sage, plein de connaissances sur les arbres et la flore de notre monde, adorateur des forêts primaires, l'oeil pétillant de plaisir lorsqu'il parlait de son sujet de prédilection qui a orienté toute sa vie avec passion. Lui, c'est Francis Hallé, 87 ans, décédé ce mercredi 31 décembre 2025 à Montpellier, où il résidait.
Francis Hallé s'était notamment fait connaître avec son Radeau des cîmes, un engin flottant au-dessus de la canopée composé d'un dirigeable et de filets qui lui permettait d'observer et d'analyser la richesse biologique de cette strate de forêt, perché entre 30 et 50 mètres au-dessus du sol. « C'est », disait-il, « l'endroit où la biodiversité est la plus forte au niveau mondial. C'est le milieu le plus vivant au monde » avait-il confié au micro de RFI. Et c'est 30 années d'expédition que Francis Hallé a mené ainsi, en Afrique comme en Amérique Latine ou en Asie. Le Gabon, le Brésil, le Cameroun, le Laos, la Guyane et le Congo étaient quelques-unes de ses terres de prédilection, là où les plus vieux arbres de notre monde siégeaient au coeur des dernières forêts primaires.
Grâce à ses explorations, des milliers d'espèces nouvelles ont été mises au jour. Lézards, grenouilles, cigales, insectes en pagaille, mammifères de tous poils, oiseaux à profusion... « Les journalistes nous demandaient souvent si nous avions trouvé de nouvelles espèces. Ça nous faisait rigoler parce que la difficulté là-haut est de trouver une espèce qui soit déjà connue », souriait le botaniste.
Francis Hallé, dessinait dans ses carnets ses observations de terrain, et croquait les arbres avec une précision folle, devenant au fil des ans un spécialiste de leur architecture. C'est lors de ses années de vie en Côte d'Ivoire qu'il a commencé à identifier les arbres rien qu'avec leur charpente, sans même voir leurs fleurs ou leurs fruits, sur les recommandations d'un chef Baoulé. Les arbres, il les considérait comme des êtres vivants au système relationnel d'une grande finesse, expliquait leur capacité à coopérer, résister, attendre, se déplacer... Pour lui, c'était très clair, on ne sauverait pas les forêts en les « gérant mieux », mais en cessant de les exploiter comme des champs de bois.
Son ultime grand combat ces dernières années ? Réensauvager l'Europe en faisant renaître une forêt primaire à l'Ouest, dans les Ardennes. Comment ? En sanctuarisant 70 000 hectares de forêt durant huit siècles. Aucune action humaine 800 ans durant en d'autres termes. Une utopie, vous direz-vous ? Pas pour le scientifique qui a déployé ses dernières énergies depuis 2019 pour faire avancer ce grand projet, notamment par le biais de son association Francis Hallée pour la forêt primaire.
L'idée est de laisser le végétal régner à nouveau sans aucune perturbation de l'Homme, pour la renaissance d'une forêt originelle capable d'équilibrer le vivant dans son ensemble, de lutter contre les bouleversements climatiques et la dégringolade vertigineuse de la biodiversité.
Son projet lui survivra-t-il ? Pour ses collaborateurs, cet héritage ne s'éteindra pas avec lui : « Continuer, c'est la moindre des choses que nous puissions faire » assure Eric Fabre, secrétaire du conseil d'administration de la Fondation Francis Hallé.

« Je ne fais que planter des arbres : je sais que je suis trop vieux pour jamais ne pouvoir profiter ni de leurs fruits, ni de leur ombre, mais je ne vois pas de meilleur moyen de m’occuper de l’avenir. » Voilà qui illustre la philosophie du grand humaniste : la nécessité d'inscrire la gestion des forêts dans un temps bien plus long que la vie d'un homme, et de faire preuve d'humilité plutôt que de prétention et de respect face à ces géants de bois.
Ce respect, il lui a probablement été transmis par ses parents dès sa plus tendre enfance, avec un papa agronome et une maman qui adorait les plantes. Puis son intérêt a été croissant dans sa vingtaine et ses études universitaires. L'homme dénonçait « sans langue de bois», comme il s'en amusait, « l'addiction au fric des politiciens et des multinationales à la démarche coloniale », n'hésitant pas à pointer du doigt le rôle de la Françafrique dans la déforestation massive du continent africain, simple réservoir à marchandises que ses forêts dont Francis Hallé n'aurait jamais imaginé être témoin de leur déclin.
A force d'être dans une telle connivence avec les arbres, on le pensait au moins centenaire tel un vieux chêne... Mais Francis s'en est allé avant que 2026 ne se lève, laissant derrière lui orphelins les arbres de la Terre. Mais un combat qui, espérons-le, lui survivra, lui qui se qualifiait déjà de « médecin devant un malade en phase terminale »... Sa poésie aussi restera, notamment au travers des nombreux ouvrages publiés au cours de sa vie dont La beauté du vivant ou Atlas de botanique poétique.
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